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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/958

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M. le ministre de l’instruction publique, quant à lui, est pour le moment un peu détourné de cette campagne, qu’il a pourtant inaugurée, qu’il a étourdiment engagée. Il semble être tout entier à son rôle de régénérateur de l’enseignement de l’état, et c’est à ce titre, c’est comme grand maître de l’université de France qu’il a prononcé l’autre jour en pleine Sorbonne un discours dont le premier mot a été l’oraison funèbre du discours latin. M. Jules Ferry a commencé ses réformes par la suppression du discours latin, de même que son collègue, M. le ministre de la guerre, a donné un mémorable gage de son esprit réformateur par la suppression des tambours dans l’armée. Chacun fait ce qu’il peut !

Ce qu’il y a de curieux, de frappant et même de redoutable dans ce dernier discours de la Sorbonne, c’est justement cette infatuation, cette imperturbable assurance d’un ministre mettant sa légèreté agitatrice sous le pavillon républicain, remuant sans maturité les questions les plus délicates, traçant des programmes confus de nouveautés douteuses, traitant avec dédain tout ce qui a été fait avant lui et disant gravement : « Nous rentrons dans le bon sens… L’université de France comptera l’année qui s’achève parmi les plus mémorables, les plus fécondes de son histoire… Une restauration nécessaire s’est accomplie… L’université n’était hier encore qu’une bureaucratie ; depuis la loi qui a reconstitué le conseil supérieur, elle forme un corps vivant, organisé, etc. » Il faut, disons le mot, une singulière jactance pour parler ainsi quand on a l’honneur de passer comme une apparition fugitive à la tête d’un corps qui a eu pour chefs Royer-Collard, Guizot, Cousin, Villemain. Qu’il y eût des réformes utiles, nécessaires à réaliser et que M. le ministre de l’instruction publique s’y adonnât avec une application sérieuse et réfléchie, rien de mieux ; il n’y aurait qu’à soutenir dans cette œuvre une bonne volonté intelligente, fût-elle un peu hardie. Les sympathies ne manqueraient pas ; mais ces vieilles méthodes dont M. Jules Ferry parle si légèrement, qu’il rejette dans le passé, qu’il bouleverse en prétendant les transformer, est-ce qu’elles ont été si stériles ? Est-ce qu’elles n’ont pas produit les vigoureuses et puissantes générations qui ont rempli une partie de ce siècle ? Elles n’étaient donc pas si infécondes, elles étaient éprouvées, et celles de M. Jules Ferry ne le sont pas encore. Qu’on supprime l’exercice du discours latin, si l’on veut ; soit ! Seulement il est bien clair que ce n’est là qu’un symptôme, que cette suppression est le commencement d’une diminution des études classiques. M. Jules Ferry, avec autant de bon goût que de compétence, a beau s’évertuer à prouver que jusqu’ici on vivait dix ans à côté de l’antiquité sans la connaître, que c’était la faute des anciennes méthodes, que maintenant « on pourra pénétrer dans ces régions inconnues dont on s’obstinait à faire le tour. » Il prouve lui-même qu’il se fait une singulière idée de la manière d’apprendre le latin, lorsqu’il dit