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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/952

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dans des conditions fausses, assez mal définies, où ils semblent toujours mettre en doute, menacer ce qui existe, et où ils n’ont pourtant rien à offrir sérieusement, parce qu’ils auraient trop à offrir, parce qu’ils représentent trop de causes diverses. Ils ont la considération, la position sociale, le talent, les traditions ; ils ont bien souvent raison, ils ont été surtout fondés dans ces derniers mois en combattant le gouvernement dans ses complaisances pour le radicalisme, dans ses expédiens de désorganisation, dans ses procédés violens ou équivoques contre toutes les garanties libérales. Ils ont la victoire de la raison, souvent de l’éloquence, et cependant, cela est bien clair, leur influence n’est pas pour le moment proportionnée à leur position, à leurs talens, à la légitimité de leurs revendications. Au jour du vote, ils perdent du terrain parce que le pays ne voit pas distinctement où il serait conduit par eux, quel lendemain lui préparerait une majorité conservatrice trop visiblement incohérente. Il ne voit rien — ou plutôt il démêle vaguement des luttes inévitables, le conflit des prétentions, la collision des régimes et des drapeaux ; il s’arrête devant cet inconnu ! Les conservateurs sont les victimes d’une situation où ils n’ont pas su prendre assez résolument leur parti ; ils en subissent les conséquences au scrutin, et les républicains de leur côté, les républicains exclusifs ne se tromperaient pas moins que les conservateurs s’ils s’exagéraient la portée de leur victoire d’hier, surtout s’ils y voyaient le signe d’une adhésion croissante de la France à une politique de radicalisme et d’aventure, à des violences de parti. Il est certain qu’on tirerait d’étranges conséquences des manifestations du pays et qu’on s’exposerait à de rapides, à de terribles mécomptes, si on imitait le conseil d’arrondissement de Marseille demandant, dès sa première réunion la révision, de la constitution, la disparition du sénat, la suppression de l’inamovibilité de la magistrature, etc. Voilà bien des choses auxquelles les électeurs des conseils généraux et des conseils d’arrondissement n’ont sûrement pas songé.

La vérité est que, dans ces élections dernières, qu’il faut voir comme elles sont, il ne s’est point agi de dicter des programmes, de sanctionner des actes de persécution contre des croyances religieuses, de pousser le gouvernement dans une voie où il ne trouverait, où il n’a déjà trouvé que des périls. La France a cru tout simplement se prononcer contre tout ce qui ressemblerait à des révolutions ou à des agitations nouvelles. Le pays n’a voté ni pour un parti, ni pour un système, ni pour un ministère. Il a voté pour la république parce que la république est le régime régulièrement constitué de la France, parce qu’elle ne pourrait disparaître que par des convulsions redoutables ; il a voté pour l’ordre légal et pour la paix, rien de plus, rien de moins. Il a témoigné une fois de plus, si l’on veut, qu’il acceptait un régime auquel il ne demande, pour prix de son adhésion, que la protection de ses inté-