Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/894

Cette page n’a pas encore été corrigée


vraiment scientifiques fournies par l’observation et l’expérience, elle ne comprit que des cadres, sinon vides, du moins remplis par des abstractions et des hypothèses bien plus que par des observations et des théories scientifiques. A cette profonde métaphysique il fallait une autre physique, une autre astronomie, une autre cosmologie que celles de son siècle. Quoi qu’il en soit, si l’œuvre philosophique d’Aristote a trouvé des contradicteurs dans l’antiquité, son œuvre d’organisation scientifique est restée intacte et incontestée, demeurant debout comme un impérissable monument, au milieu des débats des écoles et sur les ruines des doctrines. Après le discrédit du platonisme perdu dans les subtilités de sa dialectique, et du péripatétisme de plus en plus méconnu pour la profondeur de sa pensée et l’obscurité de ses formules, les deux grandes écoles qui se partagèrent le monde philosophique de l’antiquité, le stoïcisme et l’épicuréisme, ont conservé la division et l’ordre des diverses parties de la philosophie, tels qu’Aristote les avait établis.

L’œuvre aristotélique durait encore dans ces derniers jours où la philosophie grecque allait se perdre dans le mysticisme alexandrin, lorsque la barbarie du moyen âge emporta l’antique civilisation avec ses institutions, ses arts, ses sciences et sa philosophie. La scolastique, en relevant la péripatétisme, en rétablit l’organisation scientifique, mais elle en étouffa l’esprit dans les liens de sa pédantesque et vaine logique. D’ailleurs, elle remit toute science et toute pensée sous le même joug de la théologie, qui devint juge suprême de toute discussion, quel qu’en fut l’objet. Il fallut la renaissance et surtout la grande réforme accomplie par les enseignemens de Bacon et de Descartes, et par les découvertes de Galilée, de Kepler et de Newton pour rendre la vie à la pensée et la liberté à la science. Et pourtant la science, affranchie du joug théologique, reste encore sous l’influence de la métaphysique. C’est celle-ci qui inspire surtout Descartes, Malebranche, Spinoza, Leibniz lui-même, et qui fausse leur philosophie naturelle et morale par des conceptions abstraites sur l’infini, le parfait, l’absolu et la substance. Kepler mêle encore la théologie à l’astronomie. Descartes, Malebranche et Spinoza confondent dans une fausse définition la vie avec le mouvement, la matière avec l’étendue. Des conceptions de théodicée et de métaphysique font perdre à Leibniz le sentiment de la liberté morale et la notion des actions réciproques des corps, condition de la vie et de l’harmonie universelle. Si les sciences sont émancipées de la théologie, et si un travail de séparation tend de plus en plus à les spécialiser, ce n’est pas encore au XVIIe siècle que ce résultat devient complet. Quant à la séparation absolue des