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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/862

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LES TROIS ETATS
DE
L'ESPRIT HUMAIN

Ce serait se refuser à l’évidence que de ne point reconnaître les conquêtes faites par le positivisme, non-seulement dans le monde savant, mais encore dans le nombreux public plus ou moins initié aux expériences et aux théories scientifiques. Les méthodes de cette école sont si sûres, les principes si simples, et les conclusions paraissent si sages ; elle répond si bien aux tendances essentiellement positives de notre temps, que ses succès croissans n’ont rien qui puisse nous surprendre. Ni les hardis et obscurs systèmes de la philosophie allemande, qui avaient un moment ranimé le goût des spéculations métaphysiques, après la critique de Kant, ni les brillantes restaurations des vieilles doctrines que nos historiens de la philosophie avaient su faire revivre par leur ardeur de recherches et leur talent d’exposition, ne pouvaient tenir définitivement contre la critique des philosophes et l’esprit positif des savans. Quand donc une école inspirée de Bacon vint avec moins d’éclat et plus de précision rappeler à l’esprit humain sa radicale incapacité d’atteindre par l’expérience autre chose que les lois et les conditions des phénomènes observés, quel que soit l’ordre de ses recherches, elle ne put manquer de trouver un puissant écho dans le monde savant et dans un public avide de certitude scientifique. De toutes les écoles qui ont paru sur la scène philosophique des temps anciens et modernes, l’école positiviste est assurément celle qui a fait le moins de frais d’imagination spéculative, de