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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/853

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l’on citait alors de lui un trait assez caractéristique pour mériter de trouver ici sa place :

Le plus ancien des princes du Rajpout, le rajah de Oudypoure, avait une fille si belle que, comme une autre Hélène, elle aurait brûlé le monde. Déjà le royaume était en feu par suite des guerres que se livraient les prétendans à la main de la princesse, lorsqu’un jour fatal, Émir-Khan suggéra à son père que la paix ne pourrait être rétablie que par la mort de la jeune fille. La terreur qu’inspirait Émir-Khan donnait du poids à ses paroles et elles ne furent que trop bien exécutées. La sœur aînée de l’infortunée princesse lui fut envoyée portant une coupe de poison et lui déclarant qu’il fallait faire, pour le salut de sa patrie, le sacrifice de sa propre vie. On raconte que cette charmante enfant de seize ans accepta un si cruel arrêt avec douceur et but le breuvage empoisonné en disant : « Voilà donc le mariage auquel j’étais destinée ! »

Cet épisode, si parfaitement calqué sur le sacrifice d’Iphigénie, semble une tradition des temps antiques consacrée par l’histoire. La singularité, c’est qu’il se passait en plein XIXe siècle, à quelques pas des possessions anglaises justement fières de leur civilisation. Toute l’histoire des Indes est semée de pareils contrastes. Celui-ci, s’est présenté sous notre plume à l’occasion de l’une de ces révoltes partielles contre lesquelles il eût été nécessaire de sévir fermement dès le début pour en arrêter les progrès. En désaccord sur ce point avec le cabinet anglais, lord Minto estimait qu’une politique plus ferme eût mieux servi à la fois les intérêts de son gouvernement et ceux des indigènes. Il revient souvent, dans ses dépêches, sur la position fâcheuse où le met l’obligation qu’on lui avait imposée de ne prendre que des demi-mesures contre les rebelles, pour qui cette sorte d’impunité devenait un encouragement. C’est au nom même de l’humanité qu’il voulait sévir pour défendre les Indiens opprimés contre leurs féroces vainqueurs.

Comme gouverneur-général, lord Minto entreprit de signaler sa gestion par des actes d’une inspiration libérale qui avait fait défaut à ses prédécesseurs. Il s’informait avec soin des détails minutieux concernant les indigènes aussi bien que les Anglais résidant aux Indes. La bonne administration de la justice était une de ses plus grandes préoccupations. Il se montrait plein de zèle pour les intérêts commerciaux et non moins attentif aux progrès de l’instruction publique trop négligée par suite des événemens politiques. Les célèbres collèges de Bénarès, de Tirhout et de Nuddea, où les savans hindous et mahométans avaient coutume d’aller s’instruire dans les sciences, profanes et sacrées, étaient à peine