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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/851

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Anglo-Indiens. Lord Minto, dans une de ses lettres, indique les causes de ce brigandage à main armée qu’il s’est constamment appliqué à réprimer :

Une bande de ces dacoïts, écrit-il, a dernièrement poussé l’audace jusqu’à s’approcher à 30 milles de Barrackpore. Ces voleurs se sont, de tout temps, impatronisés au Bengale et, en raison de l’impunité qu’ils y rencontrent, ils peuvent faire beaucoup plus de mal dans cette riche portion de l’Inde que dans les districts moins civilisés… En premier lieu, ils y sont attirés par les richesses du pays et par la mollesse naturelle de ses habitans, qu’un long état de paix a énervés jusqu’à la timidité, en second lieu, l’organisation défectueuse de la police et des tribunaux contribue à l’extension extraordinaire des crimes de toute sorte dans certaines provinces. Généralement, les magistrats principaux sont Anglais, mais leurs agens sont indigènes, et, le plus souvent, ces subalternes n’ont pas les moindres notions de justice et de probité… Il arrive donc, le plus souvent, que le magistrat chargé du maintien de l’ordre se flatte de l’avoir assuré dans sa juridiction et s’endort sur l’une et l’autre oreille, tandis que ses malheureux administrés sont attaqués dans leurs propres maisons, et que des bandes de brigands vont piller et brûler des villages entiers, dont ils torturent les habitans.

Je suis, dit-il dans une autre lettre, révolté de toutes les horreurs que commettent les dacoïts et honteux qu’il puisse se passer de tels faits sous l’œil même du gouvernement. Depuis quelques mois, l’objet principal de mes soins a été de mettre un terme à ces horreurs… Il a fallu faire un exemple sévère lors de l’arrestation de quelques-uns de ces brigands, et maintenant dans le Meddeah, qui était le foyer du mal, on n’entend pas dire qu’ils aient commis un seul crime, tandis que précédemment ils avaient en un mois massacré soixante-dix personnes. Neuf dacoïts ont été exécutés, et, grâce à l’impression produite par ce châtiment rigoureux, le courage est revenu aux victimes de ces misérables, qui ne craignent pas maintenant de les dénoncer, tandis qu’autrefois elles n’osaient même pas se plaindre.

Lord Minto étendait sa sollicitude à toutes les branches de l’administration ; mais certaines plaies sociales sont incurables en tout pays et, aux Indes plus qu’ailleurs, une sorte de férocité instinctive renouvellera toujours le brigandage sous différentes formes. Les dacoïts ne marchent plus en bandes aujourd’hui, mais ils opèrent isolément, et s’il n’est pas question des thugs dans la correspondance de lord Minto, c’est que la ténébreuse association des étrangleurs ne se forma dans la province du Deccan que durant la dernière année de son séjour aux Indes. Cette horde infâme,