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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/849

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comme à Kohat, de sinistre mémoire, campent aujourd’hui les troupes anglaises, perpétuellement assaillies par les descendons de ces montagnards qui sont restés aussi unis qu’au premier jour dans leur haine pour l’étranger. Rien ne change sur cette terre immobile. La nature de ses habitans reste toujours semblable à elle-même comme la nature extérieure : c’est ainsi que la vallée fraîche et charmante traversée par M. Elphinstone pour se rendre à Peshawer nous est dépeinte encore dans des correspondances récentes comme offrant, sous un soleil brûlant, une image verdoyante des campagnes de la brumeuse Angleterre et de leur riche végétation.

Tandis que l’ambassade approchait de la belle et ancienne cité de Peshawer, un spectacle singulier l’attendait au passage. Perchés comme des oiseaux de proie sur les rochers, un nombre considérable de bandits armés, appartenant à la redoutable tribu des Khybéris, guettait l’arrivée des étrangers, dans la pensée, sans doute, de s’opposer à leur marche. Les Anglais ne jugèrent pas prudent de passer outre jusqu’à ce qu’un grand seigneur, député par l’émir pour les accompagner, eut été parlementer avec les montagnards. Revêtu d’un magnifique costume et d’une armure d’or, il s’avança seul au milieu de cette horde menaçante, croyant, sans doute, sa sécurité assez assurée par les mesures de rigueur de l’émir qui venait de faire mettre à mort tous les habitans de plusieurs villages ayant donné asile à ces brigands.

L’ambassade, qui avait mis plus de quatre mois pour parvenir à sa destination, fut reçue en grand appareil le 5 mars, par l’émir Shah-Soujah, homme jeune et de belle apparence. Il était assis sur un trône recouvert d’un drap d’or brodé de perles fines. Son vêtement étincelait d’émeraudes et de diamans parmi lesquels brillait le fameux kohinoor (montagne de lumière), qui appartient aujourd’hui à la reine Victoria.

L’envoyé anglais obtint fréquemment des entrevues particulières avec l’émir « dont les manières, dit-il, étaient celles d’un gentleman accompli. » Durant ces pourparlers arriva à M. Elphinstone, comme à M. Metcalfe, la nouvelle que la France avait abandonné le projet d’envahir les Indes, mais il n’en conclut pas moins le traité d’alliance, moyennant une somme exigée par l’émir et définitivement réduite à 3 lakhs de roupies (le lakh vaut 250,000 francs. ) Le souverain, qui venait d’étaler tant de richesses aux yeux de son peuple, n’en manquait pas moins d’argent pour solder les troupes qu’il lui fallait opposer à une armée considérable s’avançant sur Caboul, conduite par le rebelle Shah-Mohammed, son parent et son concurrent au trône. Ne croirait-on pas lire des bulletins par lesquels, l’année dernière, les Anglais annonçaient la marche de