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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/836

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que des révoltes partielles ensanglantent quelque contrée de l’Hindoustan. On voit rarement un traité passé avec des voisins ambitieux recevoir son exécution sans qu’il faille recourir aux armes pour l’imposer. La trahison a enveloppé, dès le début, les Anglo-Indiens et les enveloppe encore de tous côtés. Quand on étudie l’histoire de toutes ces rébellions qui ont armé les peuples indigènes contre la domination anglaise, on reste frappé d’y trouver les mêmes causes ramenant toujours les mêmes effets. Qui n’a présent à la mémoire ce cycle de combats et de massacres marqué tous les dix ans, de 1827 à 1867, par des dates néfastes comme par autant de jalons sinistres, et dont la désastreuse campagne de l’Afghanistan renouvelle aujourd’hui les sanglans épisodes ? Lord Minto n’eut pas à triompher d’une de ces formidables insurrections, mais d’autres événemens aussi importans, dans lesquels sa responsabilité a été engagée, méritent d’attirer l’attention de l’histoire.

Ce fut en 1806, après la mort de Pitt, dont il avait appuyé le cabinet de toute son autorité morale, et au moment où, nommé président du conseil des Indes, il s’attendait à faire bientôt partie du ministère présidé par Fox (ministère appelé de tous les talens), qu’une circonstance fortuite vint ouvrir devant lord Minto une carrière inattendue. Le gouvernement des Indes était vacant depuis plusieurs mois, et Fox avait songé à y appeler lord Lauderdale. Ce choix ayant toutefois rencontré la plus- vive opposition de la part du conseil des directeurs de la Compagnie des Indes, lord Grenville, premier ministre, négocia à la fois le refus de lord Lauderdale et l’acceptation de lord Minto, afin d’éviter un dangereux conflit, sans d’ailleurs consulter Fox dont il ne voulait pas troubler les derniers momens. Lord Minto résista d’abord. Il regardait comme un sacrifice au-dessus de ses forces, à l’âge de cinquante-six ans qu’il venait d’atteindre, de quitter sa famille et son pays. Sur les pressantes instances des amis qu’il comptait dans le ministère, il s’y décida cependant, et, quelques mois plus tard, après avoir assisté au mariage de son fils aîné, il quittait l’Angleterre, laissant derrière lui lady Minto, dont la santé n’aurait pas supporté un aussi long voyage. Ce pénible éloignement du foyer domestique, cette absence prolongée loin de la patrie et de tant d’intérêts qui avaient fait jusqu’alors le charme de sa vie, ne pouvaient que coûter beaucoup à lord Minto, dont nous ayons déjà fait connaître les sentimens de famille et l’esprit ouvert à toutes les nobles influences ; mais le devoir avait parlé, il obéissait à sa voix et c’est alors qu’il écrivait ces mots que nous citons de nouveau parce qu’ils le peignent tout entier : « Je ne céderai pas aux sentimens douloureux que j’éprouve. J’irai en avant aussi bravement et aussi virilement que je le pourrai. »