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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/834

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successifs, pour maintenir sa place et pour trouver les nouvelles formes qui s’adaptent à son expansion dans tous les sens. Le magistrat rentre dans un ordre de considérations plus particulier à sa fonction dans les deux discours sur l’Impartialité et sur l’Histoire de la cour de cassation, pour revenir à ses sujets préférés dans un discours final sur les Progrès du droit.

Ces morceaux forment un recueil imposant ; ils réunissent, sous une forme propre à notre siècle, un ordre de vérités qui ne s’étaient pas encore fait entendre du haut de ce siège élevé et avec ce caractère officiel. Peut-être, pour tout dire, le style en est-il un peu trop constamment abstrait. Le défaut se fait sentir quand l’énergie de l’accent et cette voix pleine et ferme de l’orateur, qu’il nous semble encore entendre, ne sont plus là pour tout vivifier. Mais quelle gravité, quelle ampleur ! que de traits frappans et pleins de relief ! Le fond demeure tout entier : il offre un durable sujet de méditation à ceux qui pourront former la généreuse ambition de maintenir à leur ancienne hauteur la magistrature et le barreau français. On y reviendra tant qu’il y aura, conformément à nos traditions les plus glorieuses, de nobles esprits pour faire pénétrer les lumières de la philosophie dans le règlement des affaires humaines et dans la manière d’en traiter.

C’est au sein d’une activité intellectuelle qui continuait à se manifester avec le même zèle et la même chaleur à l’Académie des sciences morales, à la société d’économie politique et dans les diverses associations d’utilité populaire dont il était membre, que M. Renouard devait trouver la mort à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, sans avoir ressenti ni les défaillances de l’âme ni le déclin des forces physiques. Aimé de tous, il inspirait des regrets universels. Des hommages éloquens ont été rendus à sa mémoire par des hommes de science, tels que M. Vacherot et M. Frédéric Passy, par d’éminens magistrats, tels que M. Larombière, et le procureur général, M. Bertauld, son successeur actuel à la cour de cassation. Tous ont apprécié en celui dont la magistrature et la science regrettent la perte la hauteur des pensées, l’étendue des services, la dignité et la bienveillance pleine d’aménité du caractère. Pour nous, nous n’avons rien à changer à ces paroles dictées par une piété toute filiale : « Il est bon que les jeunes gens connaissent cette vie de travail et de désintéressement ; mais ce n’est pas faire assez que de respecter ce noble souvenir, il faut s’efforcer d’en être digne. Ce n’est pas seulement une mémoire à honorer, c’est encore un exemple à suivre. »


HENRI BAUDRILLART.