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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/827

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jusqu’à de tels anathèmes, les écoles philosophiques ou historiques n’ont pas paru toujours accorder à cet ascendant de l’industrie moderne caractérisée par les applications de la vapeur, les chemins de fer, l’électricité, etc., toute la portée qui lui appartient dans le monde même des idées. C’est ici que M. Renouard se ralliait aux conceptions des J.-B. Say, des Dunoyer, et, s’il n’avait, pas le lyrisme des saint-simoniens à l’endroit de la civilisation industrielle, il croyait que, bien loin de dégrader l’humanité, elle contribue à la relever. Sous bien des rapports, elle affranchit l’homme, soumis à la servitude des choses ; elle le rend maître de l’univers par la science et par la force mise au service de l’intelligence et des besoins ; il dépend de l’homme de ne pas s’en faire une idole qu’il adore, après l’avoir élevée de ses mains. Mais un fait subsiste : c’est là un domaine assez étendu pour demander au droit ses grandes lettres de naturalisation. A un monde en partie nouveau, un droit nouveau doit correspondre. Dire que ce droit n’existait à aucun degré serait nier l’évidence. Mais il existait comme le rameau qui doit devenir un arbre à lui seul, comme ces colonies qui, de plus en plus indépendantes, finissent par se détacher de leur métropole.

La nécessité de la réforme ne reposait pas seulement sur l’étendue démesurément accrue des transactions, mais sur le manque presque complet d’unité dans la législation. Cette absence d’unité, sur laquelle devait insister M. Renouard, avait, à ses yeux, plus d’un inconvénient. Le premier était que l’idée même du travail s’en dégageait mal. Or, dans l’état des opinions sociales, qui admettaient tant de notions inexactes sur cet agent de la production, sur ses vrais droits et ses vrais devoirs, tour à tour exagérés ou méconnus, il importait que cette confusion cessât. Toute la partie du code relative au travail industriel n’était pas pour la dissiper : « Notre législation industrielle est trop imparfaite pour qu’il en sorte facilement un corps de leçons propres à éclairer l’opinion populaire sur le vrai rôle social du travail. Disséminée dans un grand nombre de lois, elle ne manque pas seulement de l’unité extérieure et visible qui résulterait de sa concentration dans un code ; une plus réelle unité lui fait défaut, celle qui ne peut naître que de la foi du législateur en certains principes et de son choix pour un système. L’incohérence des données économiques sous la dictée desquelles nos lois industrielles se sont écrites ne permet à l’esprit d’y trouver son lest nulle part. Le moment semble venir où cette anarchie doctrinale préoccupe enfin l’opinion ; ce qui est un commencement de remède. »

C’est ce mélange de vues morales et d’idées économiques que nous avons indiqué qu’il voulait faire pénétrer dans l’organisation