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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/826

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salaire. La propriété a pour fondement non ses services, mais son droit ; l’utilité publique et particulière qui dérive de l’exercice de ce droit en est une heureuse et profitable conséquence, mais n’en est pas la base, ni la mesure. Maîtresse de ses biens, la propriété en use à son gré, dans son intérêt, à ses risques et périls. Pour élever à sa hauteur le respect qui lui est dû, il faut aller jusqu’à dire que, oisive, stérile, mal exploitée, elle demeure sacrée au même titre et au même degré que si elle se répand en consommations utiles et en dépenses productives. Quand la société garantit aux propriétaires leur possession paisible, permanente, et leur libre jouissance, elle ne les salarie pas, elle accomplit son propre devoir en faisant respecter leur droit ; ce sont eux qui, par l’acquittement des impôts et des autres charges publiques, paient à la société le service de garde et de garantie qu’elle leur rend.

Voilà la véritable théorie rétablie contre des erreurs de provenance opposée. On pense bien qu’en reconnaissant à la propriété le caractère sacré qui survit même à l’abus, l’auteur du Droit industriel ne renonce ni à protéger le public contre ces abus ni à la défendre elle-même contre les tentations de mal faire. Mirabeau eût été satisfait de ses sévérités contre le parasitisme, et nous qui encourageons à quelque degré que ce soit les existences parasites, les consommations blâmables, nous n’avons qu’à nous bien tenir contre les rigueurs de ses définitions et de ses classifications scientifiques.

Qu’est-ce que tout cela, — et combien de choses je supprime ! — sinon le droit uni à l’économie politique ? On se souvient de ce philosophe qui mettait ces paroles sur sa porte : Nul n’entre ici qui n’est géomètre. Il faudrait, semble-t-il, inscrire au frontispice de cette partie du droit, où il n’est question que du travail et du capital : Nul n’entre ici qui n’est économiste. M. Renouard se fait du rôle de l’industrie dans l’humanité une idée tout autre que les anciens jurisconsultes. En fait elle est un des caractères les plus saillans de notre siècle, ce qui serait déjà une circonstance décisive pour accroître sa place juridique. Le fait éclate aux yeux avec une incontestable grandeur. Notre civilisation ne ressemble à cet égard à aucune autre. Elle est douée d’instrumens merveilleux avec lesquels le passé ne saurait entrer en comparaison. C’est bien d’un tel mouvement qu’on peut dire : crescit eundo. Les découvertes s’amènent les unes les autres, ce qui a pour effet de multiplier indéfiniment les transactions et les échanges. Certains lettrés ont paru affecter de ne voir dans cette importance prise par l’industrie que l’avènement d’un fait brutal, et là-dessus ils se sont plu à faire entendre les accens d’un spiritualisme gémissant. Sans aller