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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/822

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métaphysique et la même morale. Pour telle école, il y a des vérités de droit naturel ; pour telle autre, il n’y a que des arrangemens fondés soit sur l’utile, soit sur de simples conventions. Il est impossible que les solutions théoriques dans l’ordre des intérêts humains ne s’en ressentent pas plus ou moins.

Dans un chapitre sur la destinée humaine, M. Renouard s’exprime en des termes qui donnent une idée de sa philosophie : « Conviée au bien, dit-il, par la loi morale supérieure à l’homme, et que l’homme n’a point faite, conviée au mal par les intérêts et les passions de l’égoïsme et par l’habileté des sophismes dont il s’enveloppe, la volonté, libre dans son choix et responsable parce qu’elle est libre, ne dédaigne ni l’utile, ni le beau, mais ne s’y asservit pas et ne les enfle pas au-delà de ce qu’ils valent. Son but est le bon. Sa mission est de réprimer les appétits physiques, de reconnaître des satisfactions plus douces que le plaisir, des peines plus poignantes que la douleur, d’enseigner à l’intelligence à n’être pas inutile, vagabonde, imprévoyante, destructive, orgueilleuse. Elle pliera le droit lui-même devant le devoir et saura exalter le devoir jusqu’au dévouement. » Enfin la science abstraite de la richesse n’est pas tout. Quand l’observation des faits purement économiques a fait sa tâche, l’économiste se trouve en présence de questions où la justice, l’équité, la charité sont en jeu. Elles ne peuvent être livrées absolument à la loi de l’offre et de la demande : cette admirable loi qui met l’ordre dans les transactions, pourrait bien faire expirer des milliers de malheureux sans secours moral et matériel. Les lois générales, prises dans leur ensemble, nous font vivre ; dans telle application particulière elles nous tuent. La loi de l’attraction soutient le monde, elle écrase l’honnête homme sous le poids d’une pierre qui tombe. Les lois économiques ne sont ni moins salutaires dans leur harmonie générale, ni moins dures dans le particulier. Il y faut des tempéramens. S’il n’y avait que la lutte pour l’existence, il faudrait dire : Malheur aux faibles ! — C’est précisément par cette brèche que pénètre le socialisme avec ses doctrines fraternellement oppressives. Elles corrigent ce qu’il y a d’inexorable dans les lois du monde par des tyrannies faites de main d’homme mille fois plus insupportables. Placez donc le droit et la morale dans le cœur de la société et dans les entrailles mêmes de l’économie politique. Ainsi vous pourrez parer à ce double danger d’un mal qui tient à la nature des choses et d’un remède systématique pire que le mal, si on le laisse aspirer au rang de panacée en supprimant la liberté au profit de la force.

Dans l’opinion de M. Renouard, rien ne doit prévaloir contre les