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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/815

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s’en tenait en rien aux faits pour eux-mêmes. On aspirait à des vérités. Sans éviter toujours les systèmes on cherchait le vrai dans une inspiration de raison générale et de science, de sens commun et de critique, choses que l’on croyait compatibles. C’est à ce point de vue plus réformateur que révolutionnaire qu’on renouvelait le champ des idées et des recherches en tous les genres. Ces larges tendances étaient soutenues par de fortes études positives qui laissaient bien loin beaucoup d’à-peu-près du siècle précédent. Elles se manifestaient à la fois dans la philosophie, dans l’histoire générale, dans l’histoire littéraire, dans celle des arts sous une influence de spiritualisme élevé en communauté avec le christianisme par le côté moral. M. Renouard porte cette empreinte visible dans ses idées sur la philosophie du droit, et dans toute sa vie de propagateur actif d’un progrès social qui se modèle sur ces vues à la fois étendues et hautes. Mais, lié avec les promoteurs d’un esprit nouveau, il n’était pas moins en rapport avec des hommes qui restaient attachés aux idées philosophiques du XVIIIe siècle, avec des économistes qui prêtaient peu l’oreille aux écoles en voie de formation, tel que J. -B. Say, son maître en économie politique, tel que son contemporain, âgé de quelques années de plus que lui, M. Charles Dunoyer. Par ses idées générales, M. Renouard différait d’eux d’une manière sensible et se rapprochait davantage du groupe intellectuel des Guizot, des Victor de Broglie, des Rossi. Ses principes en matière de droit et de science sociale ne sont pas sans analogie avec ceux de Rossi surtout, qui unit la science juridique et la science économique, mais sans essayer, sinon incidemment, de les rapprocher. En somme, M. Renouard n’appartenait au XVIIIe siècle que par un côté, l’ardeur philanthropique et réformatrice qui avait animé la génération de Voltaire et de Condorcet, et qu’il épurait à un foyer d’idées morales plus complètement saines. Le vrai pour le vrai ne lui suffisait pas non plus, et il ne se contentait point de ces recherches qui n’ont d’autre fruit que la curiosité satisfaite ; sa science ne se séparait pas de ces pensées de charité sociale, pour lesquelles il se passionnait jeune en réclamant l’instruction populaire comme membre de la « société d’enseignement élémentaire » et de « la société de morale chrétienne. » Il s’y obstinait dans sa forte vieillesse en présidant une association formée contre des vices comme l’intempérance. Ses propres écrits sur le système d’enseignement public secondaire exposent des idées de réforme, qui devancent les nôtres, soit sur les exercices littéraires, soit sur la gymnastique et la nécessité de faire une place plus grande au développement des forces physiques. Ces ouvrages étaient couronnés par une commission composée des hommes les plus compétens tels que MM. V. de