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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/814

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que ces dix pages allaient faire dans le monde des lettres devait être longtemps à s’apaiser. Notre jeune rhétoricien n’avait eu rien de plus pressé que de copier ces précieux feuillets pour que son père publiât l’édition complète, et il les communiqua à Courier. L’écriture ne lui plut pas, simple incident, insignifiant en apparence, mais qui ne fut pas sans conséquences. Si l’écriture du jeune Charles Renouard avait eu l’heur de plaire à l’officier amateur, de grec, nous aurions eu en moins un scandale littéraire et quelques pages étincelantes d’esprit que les curieux et les lettrés liront tant qu’il y aura une langue française. Sans la fameuse tache d’encre, M. Furia, qui mourait peu de temps après la publication du terrible pamphlet, quelques-uns disent qu’il mourait du pamphlet lui-même, aurait peut-être continué longtemps à administrer en paix la bibliothèque de San Lorenzo ; on n’aurait pas accusé Courier d’une mauvaise action en lui reprochant une destruction volontaire : autant d’effets d’un défaut de calligraphie dans la transcription des caractères grecs !

A l’École normale, où il entrait en 1813, le jeune Charles Renouard trouvait des maîtres ou des camarades destinés à une prochaine célébrité : Royer-Collard, Cousin, Villemain, Patin, Jouffroy, Dubois, Damiron ; en sortant de l’école, il était chargé d’un cours de philosophie. Malheureusement le respect le plus sincère et même le plus affectueux de la religion dont il a fait preuve à toute époque ne suffisait pas en ce moment critique de la restauration. M. Renouard détestait toute apparence d’ingérence dans le domaine inviolable de la conscience et de la liberté d’examen. Autour de lui les destitutions provoquaient des démissions. Il changea de carrière et se tourna vers l’étude du droit. Mais, vivant à Paris, il n’en fut que plus rapproché de ce foyer d’idées dont il devait ressentir l’influence croissante. La restauration fut l’ère, j’allais dire l’âge d’or de ces esprits généralisateurs sans être chimériques, lesquels, quoi que prétendent aujourd’hui les amis passionnés et tant soit peu exclusifs de l’érudition, restent en tout les esprits supérieurs et les vrais maîtres. Non qu’il n’y eût quelques théoriciens outrés, affichant le dédain des réalités dont on ne tire pas à l’instant même matière de philosophie, ceux par exemple auxquels on impute cette locution, expression étrange d’un raffinement bien excessif : « bête comme un fait ; » — mais sont-ils plus dans le vrai et ont-ils moins d’orgueil sous de plus grandes apparences d’humilité, ceux qui répètent à l’envi que rien n’est vide comme une idée générale ? — Les écoles de ce temps étaient trop historiques pour mépriser les faits, et il y avait plus de bravade que de réalité chez ceux qui avaient l’air de se targuer d’un tel dédain. Seulement on ne