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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/813

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au reculement des barrières dans l’intérêt, du commerce tant intérieur qu’extérieur ; demandait dans un autre qu’on modifiât les tribunaux de commerce ; et discutait dans une importante brochure le projet de loi relatif aux droits d’entrée et de sortie. Tous ces travaux sont datés de 1790. En 1793, il écrivait sur les monnaies, leur administration, et sur l’organisation du ministère des finances. Très occupé aussi de recherches bibliographiques, de curiosités de bibliophile lettré, il lançait une nouvelle protestation contre la destruction sauvage des livres et reliures, des écussons, des manuscrits, et se mettait en rapport avec les bibliothèques publiques par une adresse où il recommandait toutes les précautions à prendre pour les préserver. Le patriote de 1794 contractait, au milieu de ces tourmentes, un mariage quasi aristocratique, il épousait la fille du marquis de Beauchamp, lequel avait combattu à Rosbach. M. Richet nous apprend en outre que ce même républicain, si avancé dans le mouvement, professait certains sentimens religieux dus aux traditions jansénistes de sa famille ; cela semble fort extraordinaire aujourd’hui, mais le paraît moins à cette époque, quand on voit des prêtres mêmes, comme le célèbre abbé Grégoire, présenter un pareil mélange de catholicisme et de républicanisme avancé. M. Charles Renouard, qui naissait vers le moment de la réaction thermidorienne, devait donc trouver dans sa famille toutes les impulsions intellectuelles auxquelles il n’avait en quelque sorte qu’à se laisser aller, au jacobinisme près. Encore est-il vrai de dire que le père, comme tant d’autres emportés par la fièvre du jour, était fort revenu de ces opinions excessives. Quant au fils, son libéralisme resta pur d’un tel alliage. Il aurait signé volontiers les pages si fines, si justes, si fortes et si éloquentes, dans lesquelles Benjamin Constant dénonce le jacobinisme comme l’ennemi de la liberté, et le souvenir du régime de la terreur, de ce régime si inutilement odieux, comme l’héritage le plus funeste et le plus compromettant de la révolution. M. Renouard recevait au lycée impérial la forte éducation littéraire si nécessaire à toutes les professions, et ses brillans succès scolaires n’étaient que l’annonce d’un esprit vif non moins que solide et fortement appliqué. A cette première jeunesse se mêle un épisode assez curieux. L’écolier, à peine au sortir du collège, je ne sais même s’il l’avait quitté, fit avec son père un voyage en Italie. Ils rencontrèrent, entre Lucerne et Milan, un militaire fort original, des plus lettrés, avec lequel ils continuaient à faire route, ne cessant de causer livres et vieilles éditions. Ce militaire n’était autre que Paul-Louis Courier. Antoine Renouard et l’officier helléniste parlèrent de Longus et de Daphnis et Chloé, dont le manuscrit était à Florence avec dix pages inédites. Le bruit