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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/803

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lui semblait demander un certain degré d’abandon dans ses allures ; et ces négligences métriques s’accordaient avec les formes de langage qu’il empruntait volontiers au dialecte populaire.

Chez les Grecs, toute représentation d’une œuvre poétique faite au moyen de plusieurs personnages comprend à l’origine, avec la poésie, la musique et la danse, et la composition pour le poète consiste à combiner ces trois élémens. C’est ce que fît Épicharme sans aucun doute ; mais de quelle manière et dans quelle mesure, nous l’ignorons. La musique et la danse s’unissaient-elles à des chœurs ou à des monodies, ou à certains jeux de scène ? Et d’abord le chœur existait-il dans les comédies d’Épicharme ? Oui, très probablement ; car on ne. se représente guère sans chœur les deux pièces qui viennent d’être rappelées, les Danseurs et le Chant de victoire. Dans les Noces d’Hébé, il y avait sept Muses : sans doute une seule prenait la parole dans le dialogue et les autres formaient un chœur. Enfin, il est conforme aux origines de la comédie née du cômos, qu’au moins des marches rythmées, avec des chants ou un accompagnement de flûte, aient fait partie du spectacle. D’un autre côté, sur trois cents vers environ qui sont attribués à Épicharme, il n’y en a pas un seul qui ait le caractère lyrique, c’est-à-dire où l’on reconnaisse ces mètres variés qu’Aristophane a employés dans les chants de ses chœurs, et rien n’indique que le chœur du poète syracusain ait eu sa place marquée dans l’orchestre et y ait exécuté les figures ou les évolutions d’une chorégraphie plus ou moins ingénieuse. Ces chœurs, qui paraissent avoir existé dans certaines pièces d’Épicharme, ne ressemblaient donc nullement à ceux de l’ancienne comédie athénienne, et ce qui confirme cette conclusion, c’est qu’on voit Cratinus lui-même se passer complètement des chants du chœur dans les Ulysses, sans doute un de ses premiers ouvrages. Or il semble vraisemblable que l’exemple du maître sicilien ait été surtout suivi dans une comédie mythologique.

Ainsi, quelles qu’aient été la puissance d’invention d’Épicharme et la valeur de ses compositions dramatiques, il ne faut pas se figurer ces premières œuvres de la comédie comme réunissant déjà toutes ces richesses de combinaison et toutes ces recherches d’art que nous admirons dans Aristophane. Essayons de déterminer, — ce sera la conclusion naturelle de cette étude — ce qui était resté des efforts de ce créateur de la comédie et ce que lui ont dû ses successeurs.

Nous venons d’indiquer les conditions extérieures de forme dont il donne le premier exemple : l’emploi de divers mètres poétiques avec la musique et la danse. C’était beaucoup ; en revêtant la comédie de ces formes, il lui donnait accès parmi les œuvres d’un art plus délicat et la marquait d’un signe de noblesse qu’elle devait