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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/799

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distingués avait alors de mobile et d’imprévu. Né à Ménale en Arcadie, il obtint à Syracuse la faveur de Gélon et de Hiéron. Le premier lui accorda même assez de confiance pour le charger de l’éducation de ses fils. Une pareille fonction, non moins surprenante chez un auteur comique que la qualité de philosophe, fait l’éloge du caractère de Phormis. Ce qui n’est guère moins inattendu, c’est que son titre principal à l’estime des princes de Syracuse paraît avoir été son mérite militaire. Il se distingua dans les guerres soutenues par les deux frères, y accomplit des actions d’éclat et y gagna une grande fortune, qui lui permit de consacrer des statues comme offrandes à Olympie et à Delphes. Pausanias vit à Olympie l’image de Phormis lui-même luttant contre trois adversaires successifs. Ce n’était pas une de ses propres offrandes, mais elle avait été consacrée par un Syracusain nommé Lycortas : preuve vraisemblable de l’enthousiasme qu’avaient excité ses hauts faits. Tel était le personnage que la muse avait doué par surcroît du génie de l’invention comique. Les sept ou huit titres qui nous sont restés, Admète, Alcinoüs, le Sac d’Ilion, Persée, etc., annoncent des pièces à sujets mythologiques. Sa renommée chez les anciens n’avait pas égalé celle d’Épicharme. La seule chose qui lui soit attribuée en propre, — et c’est là ce qui nous fournit un indice sur le ton de la comédie de son rival, — c’est l’introduction du luxe dans l’appareil des représentations : l’usage de tentures en cuir couleur de pourpre, magnificence exagérée au jugement d’Aristote, et de longs et riches vêtemens pour les acteurs, comme dans les représentations tragiques. Cet éclat extérieur s’accorde mal avec l’idée de pièces uniquement appropriées aux plaisirs grossiers de la multitude.

Dans notre ignorance de la vérité, il semble assez probable que les goûts luxueux de Gélon et de Hiéron ne furent pas étrangers à cette invention de comédies régulières que rendit possible le talent d’Épicharme et de Phormis. Les parodies mythologiques, aimées des Siciliens et des Italiens, prirent à Syracuse une forme plus digne de figurer dans des fêtes brillantes, sur ce théâtre qui avait été magnifiquement construit avant celui d’Athènes et où devait bientôt paraître la tragédie d’Eschyle ; Épicharme opéra seul la même transformation dans ces petites peintures de mœurs bouffonnes dont Mégare Hybléenne avait reçu la tradition de sa métropole, et ainsi se trouva constituée son œuvre dramatique dans ses deux ordres de sujets. Il résulterait de là que ses comédies, au moins celles qui étaient arrivées à leur perfection et qui étaient restées, avaient été écrites à Syracuse, et appartenaient à la seconde moitié de sa vie ; ce qui est conforme à ce qu’on lit dans Suidas.