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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/789

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deux élémens, qui s’y reconnaissent sans peine. C’était beaucoup ; cependant ces emprunts ne suffirent pas pour constituer la comédie ; et ce qui le prouve, c’est que les phallophories continuèrent à exister à côté d’elle, au lieu de se confondre avec un développement supérieur des mêmes principes : la description qu’on vient de lire se rapporte à une date assurément postérieure à la naissance et à l’organisation de la comédie athénienne. Le principal, c’était l’action, et tant qu’il n’y eut pas d’action, il n’y eut pas de comédie. Le jugement d’Aristote ne pouvait s’y tromper, et l’on voit clairement que, dans sa pensée, le drame comique n’est arrivé au terme de son développement propre et ne se trouve en pleine possession de lui-même que lorsqu’il s’affranchit de ce qu’il appelle la forme ïambique, c’est-à-dire de la satire personnelle et des formes sous lesquelles cette satire se produisait, lorsqu’il suit une marche logique et régulière, enfin lorsqu’il est devenu la comédie nouvelle.

Le mérite de Mégare niséenne, c’est d’avoir introduit dans les divertissemens dionysiaques, (phallophories ou autres, ce principe vivifiant de l’action. Sans doute ses premiers essais furent informes ; on n’y trouvait rien qui ressemblât à une composition savante ; les acteurs entraient en scène sans ordre, improvisaient au hasard, se livraient à toutes leurs fantaisies. Mais ce n’était plus la répétition monotone d’une procession ou d’une pantomime à un personnage indéfiniment représentée sous les mêmes formes ; il y avait pour chaque pièce une idée nouvelle, à laquelle se rapportait comme à un centre le jeu libre des acteurs. Cet effort d’invention fut suscité par des troubles politiques ; il naquit des excès d’un soulèvement populaire. Lorsque, secouant le joug du tyran Théagène et surtout achevant de s’affranchir de la dure oppression des nobles, le peuple, selon l’expression de Plutarque, s’enivra du vin pur de la liberté, ces ébauches de comédie furent une forme des représailles qu’il exerça contre l’aristocratie. On devine à quels emportemens de violence et de grossièreté il s’abandonna sous l’inspiration du Bacchus plébéien. Cependant ces jeux désordonnés d’une muse populaire, c’était le commencement de l’art. Bientôt le Mégarien Susarion allait porter dans un dème de l’Attique le germe de ce qui devait être un siècle plus tard la comédie politique ; en même temps, Mégare hybléenne recevait de sa métropole la tradition de farces bouffonnes qui, transformées par l’art d’Épicharme, devaient donner ses premiers modèles à la comédie de mœurs et d’intrigue.

Il ne semble pas, en effet, que la satire politique ait pénétré dans la colonie sicilienne. L’histoire n’a conservé le souvenir