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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/783

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livre connu sur la Comédie dorienne, s’appuie d’abord sur un témoignage ancien, mais postérieur d’environ huit siècles aux faits racontés. Jamblique dit qu’Épicharme, une fois transporté à Syracuse, s’abstint, par crainte du tyran Hiéron, de confesser ouvertement sa foi de philosophe, mais la dissimula sous la forme poétique et se servit de la comédie pour publier les doctrines de Pythagore. Un apôtre déguisé en comédien, ce serait assurément une forme piquante de prédication philosophique, surtout si l’on se représente le contraste que devaient offrir les audacieuses bouffonneries de la comédie antique et le caractère de la philosophie professée. Il s’agissait en effet de métaphysique, de science, de morale austère, matières peu propres, semble-t-il, à captiver une foule avide de plaisir et apportant au théâtre toutes les exigences d’un public de carnaval. Si nous connaissions dans le détail le mélange d’élémens si disparates, l’histoire de la propagande des idées par le théâtre trouverait ici son premier et son plus curieux chapitre. Malheureusement, nos fragmens sont si loin de nous représenter nettement cette union du comique et du sérieux, que nous en sommes réduits à chercher le comique. C’est à ce point qu’on serait tenté de se demander, en négligeant l’autorité fort suspecte de Jamblique, s’ils ont pu appartenir à des comédies, et par suite, comme nous n’avons pas d’autres textes que ces fragmens, si jamais la philosophie a pénétré dans le théâtre d’Épicharme.

Et, en effet, dans le ton la note comique est à peine marquée. La forme est en général simple et familière, mais pas un seul trait ne rappelle, même de loin, la verve étincelante et hardie de la comédie ancienne. Peut-être l’intention comique se faisait-elle mieux sentir dans les passages qui encadraient ces morceaux ; mais il est clair que cette hypothèse n’a en elle-même aucune valeur. On s’autorise, il est vrai, de quelques lignes de Plutarque auxquelles il a été fait allusion plus haut, sur l’argument de l’accroissement, pour restituer quelque scène à la façon de Molière. C’est M. Lorenz qui a eu l’idée de cette restitution assez ingénieuse. On se rappelle la consultation donnée à Sganarelle par le philosophe Marphurius et les coups de bâton par la vertu desquels le pyrrhonien reprend conscience de la réalité de son existence. Or nous lisons dans Epicharme que l’homme change perpétuellement, qu’il n’est pas le même aujourd’hui qu’hier, et l’on cite des formes de l’argument qui porte son nom, où l’invité d’hier n’est pas invité aujourd’hui, où un débiteur s’autorise de ce principe pour nier une dette contractée la veille. Mettez ces sophismes en action, supposez un hôte refusant sa porte à celui qu’il a invité le jour précédent, ou plutôt mettez le débiteur en présence du créancier et se