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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/776

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dont ils furent bientôt chassés par leur allié, le tyran de Rhégium Anaxilas, et Cadmus, réfugié à Mégare, fuit encore arraché de cet asile, lorsqu’en 483 Gélon détruisit cette ville, forcée à se rendre ; et en transporta les principaux habitans à Syracuse. Ce n’est pas tout : ce tyran démissionnaire, réduit, par une conséquence imprévue de son sacrifice, à vivre sous la dépendance d’un autre tyran, est envoyé par ce maître étranger, au plus fort de la lutte des Grecs et des Perses, sur un des points les plus menacés par les barbares. Gélon, occupé lui-même à repousser une formidable invasion des Carthaginois, qu’appelaient contre lui le tyran dépossédé d’Himère et le gendre de celui-ci, Anaxilas de Rhégium, et d’un autre côté inquiet sur l’issue de la grande guerre soutenue par la Grèce contre l’Orient, chargea Cadmus d’aller à Delphes observer les événemens. Il lui avait remis de riches présens, qu’il devait offrir au roi des Perses avec l’hommage de soumission, la terre et l’eau, si celui-ci était vainqueur. Après Salamine, Cadmus rapporta en Sicile les trésors qui lui avaient été confiés pour cet emploi éventuel ; trait de probité qui lui vaut une seconde fois l’admiration d’Hérodote.

Cette destinée d’un homme dont Épicharme fut peut-être le compagnon, donne une idée des périls, des aventures, des conflits d’ambitions et de perfidies dans lesquels était alors impliquée, en Occident comme en Orient, la vie d’un sage ou d’un penseur, quelque effort qu’il fît pour y échapper. S’il n’est pas certain qu’Épicharme ait accompagné Cadmus à Zanclé et partagé comme lui la fortune de la colonie samienne, il semble hors de doute qu’il était avec lui à Mégare, quand la ville fut prise et dépeuplée, et qu’avec lui aussi il fut transporté à Syracuse, où l’attendait de même la faveur du prince. Ce qui ne paraît pas moins sûr, c’est qu’auparavant il avait été en relation avec les pythagoriciens ou au moins qu’il subit profondément l’influence du pythagorisme. Or l’institution du pythagorisme est le témoignage le plus frappant des besoins moraux qui s’éveillèrent à cette époque.

S’il est une chose évidente au milieu des ombres dont l’imagination antique s’est plu à envelopper ce merveilleux philosophe, c’est que l’idée mère d’où sont sorties toutes les doctrines de Pythagore, c’est l’idée de l’ordre : l’ordre dans le monde, dans la vie politique, dans la vie morale, voilà ce qu’il prétendit découvrir ou créer. Il est vrai que tous les systèmes inventés par les philosophes antérieurs n’ont pas d’autre objet que d’expliquer les lois de l’harmonie universelle ; mais la théorie des nombres, enserrant dans les cadres de ses combinaisons multipliées, avec les rapports musicaux des sons, toutes les formes, tous les élémens du monde physique et du monde moral, imprime à l’école pythagoricienne un