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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/724

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doit rien à la dernière guerre ; elle n’a rien demandé, elle n’a rien désiré, et eût-on été tenté de lui offrir quelque compensation, elle n’aurait pas eu même à réfléchir pour décliner toute complicité intéressée dans ce qui s’est fait, pour refuser de se lier. La France n’a en vérité pour le moment d’autre rôle que de figurer sans parti-pris dans les délibérations de l’Europe, de rester d’accord autant que possible avec les autres puissances sans les suivre cependant au-delà d’une certaine limite, et d’éviter tout ce qui ressemblerait à une initiative, à une démarche imprudente qui pourrait l’engager.

Cette politique, elle n’est même pas un calcul, elle est dans l’instinct public, toujours en garde contre les aventures. C’est précisément pour cela que l’opinion a été un peu surprise et même un peu impressionnée par cette idée inattendue de choisir le moment présent pour expédier une mission militaire française en Grèce. Ce n’est point certainement que la France ne souhaite toute sorte de prospérités au jeune royaume hellénique et qu’on se défie du tact qu’aurait pu ou que pourrait montrer le chef désigné de la mission française, M. le général Thomassin. La Grèce n’en est pas à recevoir des marques de l’intérêt français, et M. le général Thomassin saurait se conduire dans les circonstances difficiles où il se trouverait placé à Athènes ; mais véritablement que signifie une mission militaire française en Grèce aujourd’hui ? On n’y a sûrement pas trop réfléchi, on ne s’est pas rendu compte de la portée de l’acte qu’on accomplissait, de l’effet qu’il allait produire ; on n’a peut-être vu que le plaisir d’être agréable au roi George à la suite de son récent voyage à Paris. Ce n’est pas moins une idée singulière d’envoyer des officiers français avec un général français à Athènes dans un pareil moment. Si nos officiers quittaient spontanément l’armée française pour aller servir la Grèce sous leur responsabilité, il n’y aurait rien à dire. Si en les envoyant on leur réserve le caractère, et le rang d’officiers français, on leur crée une position qui ne laissera pas d’être délicate ; on s’expose en outre à toute sorte d’interprétations, d’autant plus que par une singulière coïncidence, notre mission partirait pour Athènes au moment où des officiers allemands partent pour Constantinople et où les Grecs, se croyant soutenus par l’Europe, multiplient les préparatifs belliqueux contre la Turquie. Il n’en résultera rien de sérieux ou de dangereux, c’est possible ; il pourrait en résulter des froissement, des complications, que l’opinion désavoue sûrement d’avance. En réalité, tout cela est assez peu réfléchi, assez mal calculé, et ce qu’il y aurait sans doute de plus prudent, ce serait de laisser tomber une idée qui n’a pas été heureuse, qui pourrait avoir pour résultat de laisser croire que la France n’a plus le même rôle d’impartialité dans ces affaires d’Orient où elle n’a pas dans tous les cas à seconder de son concours les hostilités coalisées contre l’empire ottoman.

Cette terrible question d’Orient qui est le souci de tout le monde,