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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/720

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à la Turquie soit dans ses provinces européennes, soit en Asie, dans l’Arménie, il y a des commissions, des programmes, et le divan a cru habile de demander â l’Allemagne des auxiliaires, des conseillers dans la réorganisation financière, administrative ou militaire, dont il ne conteste pas la nécessité. Au fond, la difficulté la plus grave, la plus aiguë ou la plus pressante pour le moment, c’est cette difficulté d’arriver à une délimitation nouvelle de l’empire turc avec le Monténégro et avec la Grèce. On a essayé plus d’une fois, on essaie de nouveau aujourd’hui d’y arriver, on est encore bien loin d’avoir réussi. Il y a quelques mois déjà un protocole a été signé à Constantinople pour régler la cession de territoire qui devait être faite par la Turquie au Monténégro, et même depuis, à la suggestion de l’Angleterre, on paraît avoir laissé les Turcs libres de céder, à la place des territoires primitivement désignés, le petit port de Dulcigno sur l’Adriatique ; mais la Porte, sans se prêter à cette ouverture, sans décliner l’engagement qu’elle a accepté, s’est montrée peu pressée de s’exécuter, et la question ici se complique de la résistance des Albanais qui ont formé une ligue armée, qui refusent de passer sous la domination du prince monténégrin. Par le fait, le protocole du 18 avril, relatif au Monténégro, reste en suspens ; Albanais et Monténégrins sont aux prises sur cette frontière disputée. Qu’en est-il d’un autre côté de la délimitation avec la Grèce ? Une conférence spéciale s’est réunie le mois dernier à Berlin pour trancher la question. Elle a fixé au nom de l’Europe un tracé de frontière qui comble le vœu des Grecs, qui leur donne Janina, Metzovo, Larissa. La conférence a délibéré, une note collective a été solennellement communiquée à Constantinople ; mais il était bien facile de prévoir qu’ici plus encore que dans l’affaire du Monténégro, on allait se heurter contre une résistance désespérée, que la Porte ne se rendrait pas à une sommaiion de diplomatie, qu’elle aurait toute sorte de raisons sérieuses à opposer aux décisions d’une prépotence abusive. C’est ce qui arrive, c’est ce qui devait nécessairement arriver. La Porte a été mise en demeure de s’exécuter, elle refuse à peu près de s’exécuter, elle propose d’ouvrir des négociations nouvelles où elle sera entendue sur ses intérêts, — et en réalité on n’est pas plus avancé pour la Grèce que pour le Monténégro : la décision de la conférence de Berlin et le protocole du 18 avril sont au même point ; on n’a rien obtenu.

Que fera-t-on maintenant ? Si l’on se décide à en rester là, on aura fait une campagne assez médiocre ; six grandes puissances se seront réunies pour s’exposer à une assez singulière mésaventure. Si on veut aller plus loin, si l’on veut recourir à des moyens de contrainte, dans quelles conditions, dans quelle mesure s’exercera la coercition ? Ce n’est pas évidemment une simple démonstration navale plus ou moins combinée dans la mer Ionienne ou dans la mer Egée ou même devant les Dardanelles qui contraindra les Turcs à livrer Janina aux Grecs.