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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/719

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ces arrêts de compétence, les magistrats démissionnaires seront remplacés par des républicains plus dociles, et les juges récalcitrans donnent une raison de plus en faveur de la suppression de l’inamovibilité. Ce qui est certain, c’est qu’il y a pour le moment un fait grave, c’est que cette manifestation de la magistrature française reste un des signes les plus frappans de la situation hasardée qu’a prise le gouvernement, de cette sorte de rupture qu’il accepte avec les instincts conservateurs, avec les opinions et les forces conservatrices.

Ce qu’il perd du côté des conservateurs, des modérés, le gouvernement du moins le regagne-t-il du côté des radicaux dont il a recherché l’alliance au nom de « l’unité du parti républicain ? » Certainement il sera soutenu, entouré et flatté, à la condition de céder et décéder toujours, de céder aujourd’hui et demain comme il a cédé hier, à la condition en un mot de n’être que le gérant des fantaisies d’un parti. Oh ! à coup sûr s’il ne s’agit que du congrès ouvrier de Paris ou du congrès ouvrier de Marseille, de ces conciliabules socialistes qui proclament le collectivisme, le communisme et l’anarchie, le gouvernement n’aura pas de peine à se défendre de toute complaisance, on ne lui demandera pas de céder à ces vaines déclamations que les ouvriers sérieux sont les premiers à désavouer ; mais qu’il s’agisse de poursuivre à outrance une guerre d’arbitraire contre les congrégations religieuses, on ne laissera pas respirer le gouvernement. Que M. l’amiral Ribourt, préfet maritime de Cherbourg, ait la mauvaise chance de déplaire au conseil, municipal, à M. le maire et à M. le député, l’amiral Ribourt sera aussitôt signalé comme suspect, comme réactionnaire ou comme clérical, et le ministère aura de la peine à se défendre de livrer l’honorable marin. S’il essaie de le couvrir pour le moment, ne se laissera-t-il pas aller à le déplacer le mois prochain ? Le gouvernement a maintenant devant lui quelques mois pour se rendre compte de cette situation d’équivoque, d’impuissance où il s’est placé et d’où il ne peut sortir que par ce qui lui a manqué jusqu’ici, une idée juste et une volonté ferme.

Que va-t-il maintenant arriver de ces affaires d’Orient avec lesquelles on n’en a jamais fini, qui, dans le vide de la saison d’été, sont redevenues depuis quelques jours un sujet de préoccupation universelle ? La diplomatie, après avoir essayé de rétablir tant bien que mal la paix de l’Orient il y a deux ans, est occupée aujourd’hui à interpréter ce qu’elle a fait, à résoudre le problème de concilier l’existence d’une ombre d’empire ottoman avec les créations et les combinaisons décrétées par le congrès de Berlin.

Ce qui a été décidé pour la Bulgarie, pour la Roumélie et même pour la Serbie, est à peu près réglé autant qu’il y a quelque chose de réglé et de définitif en Orient. La Bosnie et l’Herzégovine restent sous la protection ou le séquestre de l’Autriche, gardienne intéressée des conventions. Pour ce qui est des réformes dont on demande la réalisation