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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/667

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somme, grâce à sa ténacité, la représentation ecclésiastique l’avait emporté sur les points principaux ; elle amena le roi à se déclarer pour elle contre les parlemens ; elle mit à peu près fin à cette dispute sur le refus des sacremens qui avait par son acharnement pris presque les proportions d’une guerre civile. L’archevêque de Bourges ayant eu mission d’adresser au roi la harangue de clôture, celui-ci lui répondit : « Vous direz à l’assemblée que je suis content d’elle et vous l’assurerez que mes sentimens de zèle et d’attachement pour la religion ne finiront jamais. Je donnerai à mon clergé, dans toutes les occasions, des preuves de ma protection. » L’assemblée se sépara donc rassurée sur les immunités de l’église, et, attendant la prompte réalisation des promesses royales, elle ouvrit libéralement sa bourse et vota de nombreuses charités et gratifications ; mais, afin de prendre ses précautions contre tout retour de la couronne à des dispositions moins favorables, elle rédigea une lettre au pape au sujet de la réforme des ordres religieux et une dernière protestation contre les entreprises des tribunaux séculiers à l’occasion des actes de l’assemblée de 1765. Elle se sépara le jeudi 3 juillet 1766. Quand, quatre ans après, une nouvelle assemblée se réunit, la lutte entre les parlemens et le clergé s’était quelque peu calmée ; les arrêts du conseil avaient produit leur effet. D’ailleurs les parlemens, par leur opposition, s’étaient complètement aliéné l’esprit du roi, et le moment était proche où le coup d’état Maupeou les allait supprimer. Le clergé semblait donc n’avoir plus rien à redouter du pouvoir laïque. Plus Louis XV se plongeait dans la débauche et se livrait à ses tristes penchans, plus il cherchait à obtenir du ciel le pardon de ses désordres, plus il montrait de soumission à l’église, dont l’absolution lui était nécessaire. L’assemblée de 1770 n’eut donc rien à rabattre des prétentions des assemblées précédentes afin de consolider l’appui qu’elle attendait du gouvernement. Certes, elle en avait grand besoin ! Ce n’était pas seulement son autorité touchant quelques questions dogmatiques que l’église voyait contester, les fondemens mêmes de la religion étaient attaqués. Des adversaire bien autrement prononcés que les jansénistes s’abritaient derrière une tolérance dont les plus hauts personnages de l’état se déclaraient les partisans. Les protestans, longtemps proscrits, commençaient à relever la tête. En certaines provinces du royaume, ils tenaient presque ouvertement leurs assemblées ; leurs pasteurs administraient sans mystère le baptême et la communion et célébraient les mariages. Les écrits, contre la religion circulaient dans tout le royaume et étaient lus avidement. One foule de gens professaient tout haut leur mépris des choses saintes. Il y avait là pour le clergé de justes sujets d’alarmes, et la nouvelle