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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/656

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jansénisme étaient retenus par les menaces d’interdiction que lançaient contre eux les évêques. Le parlement ne faisait que redoubler de violence, et cette violence était un nouveau motif pour les pasteurs de persévérer dans leurs refus intolérans. On assistait à un déplorable spectacle. L’archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, s’était signalé entre les plus résolus à résister à l’autorité judiciaire ; il avait protesté avec véhémence contre les arrêts qui tendaient à subordonner le pouvoir spirituel des évêques à la justice séculière. Des ecclésiastiques avaient été emprisonnés par ordre des parlemens pour s’être conformés aux mandemens de leur évêque. La confusion était dans les compétences, et l’on voyait un tribunal lancer des arrêts pour contraindre les curés à administrer les malades professant le jansénisme, comme il l’aurait fait pour obliger des débiteurs récalcitrans à satisfaire leurs créanciers.

Louis XV blâmait le parlement, mais il redoutait son opposition ; aussi cherchait-il par quelque expédient à mettre fin au conflit. Il crut y parvenir en réservant à son conseil privé la connaissance des affaires touchant le refus des sacremens. Le parlement ne tint nul compte de cette décision et continua d’appliquer ses propres arrêts. Le roi n’osa lui commander de supprimer ses procédures, et cela ne fit que l’enhardir davantage dans sa détermination de rester souverain. Quelques autres cours poursuivirent également la lutte contre les décisions épiscopales. Il fallut que l’opposition faite à la couronne par le parlement de Paris prît le caractère d’une résistance séditieuse pour que Louis XV se décidât enfin à agir en maître. Dans les premiers jours du mois de mai 1753, il ordonna à cette cour d’enregistrer les lettres patentes du 23 février précédent interdisant toute discussion sur les refus de sacremens, mais elle ne s’effraya pas d’un commandement qui semblait ne pas souffrir d’objections. Le parlement avait poussé si loin ses prétentions qu’il ne pouvait plus reculer sans se donner l’apparence de la lâcheté ou du ridicule. Il répondit donc à l’injonction royale en déclarant qu’il suspendrait le cours de la justice tant qu’il n’aurait point été admis à présenter au monarque ses remontrances, et comme il attendait plus la victoire de l’influence de l’opinion que de la faiblesse du prince, il se hâta de les faire imprimer et répandre dans le public. Le procédé blessa vivement Louis XV, qui rejeta toutes les demandes d’audience. Il n’y avait plus de transaction possible entre la couronne et le parlement. Poussé par son ministre, le comte d’Argenson, qui songeait plus à se venger de la cour en révolte qu’à défendre l’église, dont il prisait peu Jas doctrines, encouragé par le dauphin et l’archevêque de Paris, Louis XV usa du seul moyen qui lui restât pour se faire respecter. L’arrestation de quelques-uns des meneurs les plus turbulens du parlement, l’exil