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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/655

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qui prend tout ce que l’esclave gagne et ne lui abandonne qu’un maigre pécule. Toutefois cette indépendance que s’assurait le clergé et que la couronne promettait enfin de ne plus contester, c’était seulement sur le terrain économique qu’elle lui paraissait, au milieu du XVIIIe siècle, à l’abri des prétentions laïques. Il était un autre terrain auquel il tenait plus encore et qui commençait à n’être pas moins miné que ses privilèges temporels. Il lui fallait maintenant y livrer de nouvelles et rudes batailles. Ce terrain était celui du gouvernement spirituel et de la puissance théologique.

La querelle de la bulle Unigenitus n’était pas apaisée, et derrière les jansénistes marchaient en rangs moins serrés, il est vrai, mais avec une témérité que ceux-ci n’avaient pas, de plus redoutables ennemis de l’orthodoxie. Ce n’était plus seulement le patrimoine de l’église qui avait à se défendre contre le pouvoir laïque, c’était son autorité spirituelle. Le conflit passionné qui s’éleva au sujet du refus des sacremens à ceux qui déclaraient ne point reconnaître comme article de foi et règle absolue la constitution de Clément XI rendit plus prononcée que jamais l’hostilité entre l’église et la magistrature. Les assemblées n’avaient cessé de réclamer des mesures plus sévères contre les appelans et les anticonstitutionnels. Les jansénistes s’efforçaient d’interpréter la bulle de façon à échapper à son autorité doctrinale. Le clergé, d’accord avec le roi, se décida à solliciter une bulle nouvelle qui pût imposer définitivement silence aux opposans. L’assemblée générale de 1755 résolut en conséquence d’en référer au saint-siège pour ce qui touchait à l’administration des sacremens. Elle obtint de Benoît XIV une lettre encyclique qui décidait sur la matière. La décision fut respectueusement acceptée par l’assemblée de 1760, de l’agrément du roi, qui engagea les évêques à conformer leur conduite aux prescriptions pontificales. L’encyclique imposait aux fidèles la reconnaissance formelle de la bulle Unigenitus et déclarait indignes de participer aux sacremens ceux qui s’y montreraient réfractaires. Si cet arrêt du souverain pontife assura la soumission des ecclésiastiques qui tenaient à ne pas se séparer de Rome, il fut loin de produire le même effet sur les parlemens. L’antagonisme entre eux et l’église était tel que la sentence du saint-père restait sans force pour les obliger à déposer les armes. Il y avait plus de dix années que la guerre durait entre l’autorité spirituelle et l’autorité judiciaire ; elle avait pris un caractère en quelque sorte chronique et résistait à tout remède. La querelle sur le refus des sacremens l’avait encore envenimée. Malgré les arrêts du parlement de Paris, la grande majorité des curés n’osaient donner l’absolution, administrer l’extrême-onction à ceux qui continuaient à repousser la constitution de Clément XI. Ceux des prêtres mêmes qui inclinaient au