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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/645

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Clément XI, loin de ramener la paix dans l’église, ne fit qu’envenimer la lutte. Le clergé se partagea en constitutionnaires et en refusans ; et malgré sa prudence, le cardinal de Noailles se rangea d’abord au nombre de ceux qui rejetaient la nouvelle constitution pontificale et s’attira ainsi les rigueurs du vieux roi. Louis XIV mourut sans avoir pu rétablir l’union dans l’église, et l’assemblée de 1716, que présidait le même cardinal, rentré en grâce depuis que le duc d’Orléans avait pris les rênes de l’état, se remit à l’examen de cette brûlante question. Elle y consacra bien des séances. La grande majorité des députés se prononça en faveur de la bulle et ne consentit pas à suivre ceux qui s’armaient pour la repousser de la déclaration, de 1682. C’est que, si les adversaires de la constitution Unigenitus ne manquaient pas dans le clergé du second ordre, la majeure partie des prélats au contraire l’approuvait. Il n’y eut que quinze évêques qui suivirent le cardinal de Noailles ; mais celui-ci ne devait pas tarder à faire défection. Aussi l’opposition chercha-t-elle un appui en dehors de l’assemblée et fut-elle, comme on pourrait dire aujourd’hui, extra-parlementaire.

Depuis 1682, la représentation ecclésiastique avait voté avec empressement les subsides qu’on ne s’était pas fait faute de lui demander. Les guerres que Louis XIV avait poursuivies d’abord avec d’éclatans succès, puis avec de fréquens revers, les nombreuses constructions qu’il faisait exécuter avaient exigé des dépenses considérables. Il lui fallait donc recourir à la bourse du clergé dans une plus large mesure qu’il ne l’avait fait auparavant. Les assemblées ne lui marchandèrent pas leur concours, elles payèrent en accordant avec empressement de larges subventions, la révocation de l’édit de Nantes. Tandis que du commencement du règne à l’année 1690 le clergé avait accordé en tout à l’état seulement une somme de 24,400,000 livres, de 1690 à 1700 il fournit 59,000,000 livres, non compris les deux sols pour livre dus aux traitans par l’ordre du roi. Ce qui se passa en 1700 montre que les revenus du clergé ne purent suffire aux allocations votées ; les bénéfices furent chargés de près de 1,200,000 livres de rentes annuelles, et les décimes se trouvèrent ainsi augmentés d’un tiers en sus. Antérieurement en 1695, un contrat était intervenu entre le roi et le clergé pour le paiement d’une somme de 3 millions de livres à titre de secours extraordinaire destiné à remplacer la capitation, à laquelle les ecclésiastiques ne voulaient pas se soumettre, parce qu’un tel impôt les assimilait à de véritables contribuables. Le danger ne fut paré que momentanément. Le gouvernement fit une nouvelle tentative pour ramener le corps ecclésiastique à la condition fiscale imposée aux autres sujets. Malgré le contrat passé en 1695, la capitation fut rétablie en 1701 sur les ecclésiastiques, par suite de la disposition