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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/604

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Thomas. Que mes lecteurs se rassurent ! je n’ai pas la téméraire prétention de rendre à l’auteur de l’Histoire philosophique des deux Indes le même service qu’au chantre de la Pétréide, et je ne les accablerai pas sous la citation des lourdes lettres qu’il adressait de temps à autre « à sa jeune et belle amie. » Mais peut-être retrouveront-ils sans trop d’ennui notre vieille connaissance Marmontel, toujours obséquieux, toujours galant et toujours rimeur. Autrefois il avait composé des vers pour la Sainte-Suzanne. Maintenant c’était la jeune Germaine que, tantôt sur l’air : Je suis Lindor, tantôt sur celui de Malbrouck s’en va-t-en guerre, il faisait parler et chanter. Mme Necker avait-elle été malade, vite il tournait pour sa convalescence des vers qu’il mettait dans la bouche de sa fille :

Est-ce au bonheur d’avoir un cœur sensible ?
Le mien rend grâce au ciel qui l’a formé,
Mais quand on voit souffrir l’objet aimé
Qu’un don si cher est un objet pénible !
Tendre maman, vis pour l’enfant qui t’aime,
Vis pour l’époux qui t’est plus cher encor.
Ménage bien leur unique trésor ;
Prends pitié d’eux en veillant sur toi-même.

Ou bien il composait, pour une petite pièce dans laquelle la jeune fille avait joué, des couplets assez médiocres qui se terminaient ainsi :

Si l’on s’étonne de m’entendre,
Parler raison, si jeune encor,
C’est que, dès l’âge le plus tendre,
J’eus ma Minerve et mon Mentor.
Mon secret n’est pas difficile.
Mon adorable et bon papa,
D’un trait par-ci, d’un trait par-là,
Éclaire mon esprit docile.
D’un trait par-ci, d’un trait par-là
J’ai composé ce que voilà.

Marmontel n’était pas le seul que le désir de plaire à la jeune Germaine Necker mettait en humeur de poésie. Dans un temps où l’on avait la versification facile, il n’était guère d’ami de la maison qui ne lui payât son tribut d’hommages sous les noms divers de Louise, de Mélanie, d’Aglaë.

Seul rejeton de Numa, d’Égérie,

lui disait l’un. L’autre célébrait l’éclat de ses yeux dans une pièce à laquelle il donnait pour titre : les Yeux de Louise, ou le Peintre