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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/600

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dans notre cœur ; j’espère que vous trouverez dans le votre des raisons suffisantes pour ne pas nous refuser ; vos bontés pour mon mari me donnent cette assurance ; M. Necker aura l’honneur d’écrire à M. Vernet, permettez que je lui présente ici mes complimens empressés.

Paris, ce 19 février.

Malgré cette lettre pressante, Mme Vernet ne voulut ou ne put pas faire une réponse favorable à la demande qui lui était adressée. Force fut donc à Mme Necker de se tourner vers Mme de Vermenoux. Au lieu d’être la femme du premier protecteur de M. Necker, ce fut la première protectrice de Mme Necker qui présenta l’enfant au baptême et lui donna son propre nom de Germaine. Comme les protestans français n’étaient point à cette date en possession d’un état civil régulier, ce fut dans la chapelle de l’ambassadeur des États-Généraux de Hollande qu’eut lieu la cérémonie, dont acte fut aussitôt dressé dans les termes suivans :

CHAPELLE D’HOLLANDE.

Le vingt-sept avril mil sept cent soixante-six, Anne-Louise-Germaine, née à Paris, le mardy vingt-deux avril mil sept cent soixante-six, fille de noble Jacques Necker, citoyen de Genève, et de noble dame Louise-Susanne Curchod, son épouse ; a eue pour parain M. Louis Necker, son oncle paternel, absent, et pour maraine Mme Anne-Germaine Larrivée de Vermenoux, par qui elle a été présentée au saint baptême, et a été baptisée le dimanche vingt-sept des dits mois et an dans la chapelle de Leurs Hautes Puissanc es Nos Seigneurs Les États Généraux des Provinces Unies en l’hôtel de son excellence M. Lestevenon de Berkenroode, leur ambassadeur à la cour de France, par moi soussigné J. Duvoisin, chapelain.

Le moment où Germaine Necker vint au monde était précisément celui où les prédications de l’Emile avaient exalté l’imagination des femmes sur le devoir de nourrir elles-mêmes leurs enfans. Mme Necker voulut comme bien d’autres remplir ce devoir ; mais la faiblesse de sa santé l’obligea bientôt d’y renoncer non sans regret. « J’ai conservé, écrivait-elle plus tard à son mari, le souvenir de ces instans pleins de charme, où l’on apportoit sur mon lit l’enfant à qui nous avions donné la vie, où ses beaux yeux bleus sembloient se tourner vers moi et m’assurer par leur couleur pure comme le ciel du bonheur que je devois attendre. » Des yeux magnifiques, qu’elle devait conserver toute sa vie, et un grand éclat de teint furent en effet, dans son enfance et dans sa