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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/589

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V. LA MÈRE ET LA FILLE. — L’ÉDUCATION DE MME DE STAËL. [1]


I

« Une âme que Dieu, en la créant, a rapprochée davantage de l’infini sent de bonne heure la limite étroite qui la resserre ; elle a des tristesses inconnues sur la cause desquelles longtemps elle se méprend ; elle croit volontiers qu’un certain concours de circonstances a troublé sa vie, tandis que son trouble vient de plus haut. » Ces paroles d’un orateur chrétien me sont souvent revenues à la pensée à mesure que, par le cours de ces études, j’ai pénétré plus avant dans l’intimité de Mme Necker. Certes, si jamais existence parut comblée de tous les dons d’une providence bienfaisante, c’est assurément celle de cette femme, dont le cœur se partageait si largement entre des affections si profondes et si diverses. Elle a goûté toutes les douceurs que l’éclat d’une situation brillante, les jouissances de la fortune et l’attachement d’amis passionnés peuvent ajouter à la vie d’une femme unie à un époux adoré et mère d’une fille illustre. Cependant, en parcourant les cinq volumes qui ont été après sa mort extraits de ses manuscrits, j’avais été déjà étonné de rencontrer, au milieu de beaucoup de pensées délicates, parfois un peu subtiles, certains accens qui semblent partir d’une âme familière avec toutes les tristesses. « Les jouissances les plus

  1. Voyez la Revue des 1er Janvier, 1er mars, 15 avril et 1er juin.