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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/583

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chauffage et l’éclairage, la nourriture et les secours médicaux, les autres, les non-participans, étaient seuls contribuables ; la cote des impôts était doublée, et l’impôt devenait progressif. Ils étaient tenus de verser dans les magasins publics leur superflu. De plus, les dettes étaient abolies, et le commerce avec l’étranger interdit. La dette nationale était éteinte pour les Français, de sorte que les rentiers étaient d’un seul coup dépossédés. Cet ensemble de mesures devait amener forcément les non-participans à devenir membres de la communauté, car autrement on leur prenait leurs biens sans compensation. La communauté une fois formée, tout se passerait ensuite comme dans toutes les utopies communistes : magasins communs, banquets communs, travaux communs, distributions communes, tout ce que nous avons vu dans Morelly, tout ce qu’avait rêvé Thomas Morus, tout ce qui existe en réalité dans un couvent et dans les casernes. La division du travail se faisait nécessairement par voie d’autorité, chaque magistrat fixant dans les écoles mêmes le nombre d’élèves proportionné aux besoins. Les travaux devenaient des fonctions dont les lois prescrivaient les règles. Buonarotti, commentant ces beaux projets, nous dit que, pour alléger la fatigue, on comptait sur les inventions utiles, que les occupations trop incommodes seraient réparties sur tous ; que les métiers seraient divisés en faciles et difficiles, et que chaque citoyen en exercerait de deux sortes. Les grandes, villes seraient supprimées ; les vêtemens seraient simples et propres, différens seulement suivant les âges et les professions. Il y avait cependant encore un certain nombre d’occupations qu’on ne savait comment réglementer et sur lesquelles Buonarotti est aussi vague que confus [1].

Le complot était maintenant entièrement organisé. Un directoire secret était formé. Au-dessous de lui étaient douze agens chargés chacun d’un des arrondissemens de Paris. Ces agens ne connaissaient pas les membres du directoire ; ils ne communiquaient avec lui que par quelques conjurés choisis. Cette communication était incessante : on a conservé une partie de cette correspondance. On organisait des réunions ; on embauchait des conjurés ; on pénétrait dans les ateliers, et surtout on travaillait l’armée. C’est par là que les tentatives les plus actives commencèrent. Le gouvernement, pour dérober les troupes à l’action de la contagion qu’il craignait, avait formé des

  1. C’étaient par exemple : « les exercices du corps ; la culture de l’esprit ; l’éducation de la jeunesse ; l’instruction en général ; le maniement des armes ; les évolutions militaires ; le culte public ; l’apothéose des grands hommes ; les jeux publics et fêtes ; le perfectionnement des arts utiles ; l’étude des lois ; l’administration et les délibérations du peuple. »