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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/560

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êtes frappé de ces ressemblances qui ne sont pas de pures rencontres, surtout si vous comparez l’art grec archaïque à l’art assyrien, De part et d’autre, emploi de procédés analogues pour construire la charpente de la figure humaine, pour en faire ressortir les articulations, pour indiquer la mature de la draperie qui la recouvre. Dans l’ornementation, le goût grec n’a pas encore transformé, au point de les rendre souvent méconnaissables, les motifs dont l’emploi lui était suggéré par les objets d’art que le commerce lui apportait à travers les montagnes de l’Asie-Mineure ou les flots de la mer Egée. La marque d’origine est partout visible, et cependant, à certaines nuances que peut seul percevoir un œil exercé, vous devinez que la Grèce ne se contentera pas, comme l’a fait la Phénicie, de combiner en proportions variables les élémens que fournissent à ses artisans l’Égypte et la Chaldée ; vous sentez que les facilités et les profits de cet éclectisme ne suffiront pas aux ambitions d’une race qui possède déjà la poésie d’Homère et celle d’Hésiode.

Deux ou trois siècles s’écoulent, et l’art grec est devenu profondément original ; il est très supérieur à tout ce qui l’a précédé ; il a seul mérité d’être appelé un art classique, c’est-à-dire de fournir un ensemble de règles susceptibles d’être transmises par l’enseignement. En quoi consiste cette supériorité ? Comment cette originalité s’est-elle dégagée et par quelles causes s’explique-t-elle ? C’est ce dont notre historien aurait à rendre raison ; mais, pour arriver à faire sentir les différences, il devra commencer par étudier l’art de ces peuples qui ont été les premiers instituteurs de la Grèce. Pour saisir dans l’art grec ce qui est vraiment grec, il faudrait avoir d’abord défini les élémens étrangers que la Grèce a mis en œuvre. On ne pourrait le faire avec quelque précision qu’en remontant au milieu où ils se sont produits ; il serait donc nécessaire d’entrer dans l’esprit de ces civilisations, d’en atteindre l’âme même et le génie, de voir d’où elles sont parties et où elles se sont arrêtées ; il faudrait définir l’idée qu’elles se sont faite du beau, puis montrer, par des exemples bien choisis, dans quelle mesure et par quels moyens elles sont arrivées à réaliser cette conception.

Si nous nous imposons ce long détour, nous ou tous ceux que tenteront ces belles études, c’est pour arriver en Grèce plus instruits par tout ce que nous aurons appris en chemin, mieux préparés à tout comprendre et à tout juger ; ce sera la pensée et les yeux tournés vers la Grèce, comme vers le but lointain et désiré, que nous suivrons la route qui, des bords du Nil, nous conduira vers ceux de l’Euphrate et du Tigre, puis sur les plateaux de la Médie, de la Perse et de l’Asie-Mineure pour nous ramener ensuite vers les côtes de la Phénicie, vers les rivages de Cypre et de Rhodes. Par-delà les obélisques et les pyramides de l’Égypte, les tours à étages