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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/527

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fondée Edouard Gerhard. Stark n’en est pas moins empressé à faire ressortir les qualités originales de la science française ; pour ne prendre ici qu’un exemple, personne, même en France, n’a parlé du comte de Caylus avec autant de sympathie, personne n’a aussi bien montré quelle influence heureuse il avait exercée et comme il était, à certains égards, en avance sur ses contemporains. L’éloge va même jusqu’à lui accorder certains dons qui manquaient à Winckelmann.

On peut donc consulter en toute confiance ce répertoire de noms, de biographies concises et pleines d’œuvres analysées en quelques pages ou souvent en quelques lignes, mais toujours appréciées par un critique qui les a lues lui-même et qui ne les condamne ou ne les loue pas sur la foi d’autrui. Nous y aurons sans cesse recours pour retracer à grands traits l’histoire des études archéologiques depuis Winckelmann. La connaissance de l’art antique et de ses chefs-d’œuvre n’a pas encore, croyons-nous, pris dans l’éducation des esprits cultivés la place qu’elle mérite d’y occuper ; dans les histoires générales, elle est tout à fait sacrifiée ; les intelligences curieuses qu’elle attire et qu’elle tente ne savent trop où la chercher et où la prendre. Il importe d’abord de signaler cette lacune ; nous voudrions ensuite, par un résumé rapide, donner quelque idée des progrès qu’a faits si vite, entre les mains de trois ou quatre générations d’érudits, une science qui ne remonte guère, comme la chimie, qu’à la fin du dernier siècle. Nous ne nous attacherons qu’aux grands noms et qu’aux grandes découvertes ; ceux qui désireraient avoir toute la suite et tout le détail de ces investigations patientes et des systèmes qu’elles suggèrent pourront recourir au livre inachevé, mais si précieux encore, dont nous leur avons signalé l’importance.


I

L’histoire de l’antiquité a été renouvelée, dans ces derniers temps, par le déchiffrement des vieilles écritures de l’Égypte, de la Chaldée et de la Perse. La science a pu mettre à profit des documens qui, pendant des milliers d’années, avaient été cachés dans les entrailles du sol ou qui, sur d’autres points, en Égypte par exemple et en Perse, ne semblaient s’offrir au regard que pour irriter la curiosité, pour la provoquer tout en refusant de la satisfaire, pour poser à l’esprit un problème insoluble. A l’aide de ces longues pages d’hiéroglyphes et de coins ou de clous [1],

  1. On appelle ainsi le trait en creux destiné par un coup de ciseau sur la surface de l’argile encore molle ou de l’albâtre tendre, le trait qui forme l’élément premier des écritures de l’Asie antérieure ; de là le nom d’écriture cunéiforme qui est généralement employé aujourd’hui pour désigner ces systèmes de notation, moitié idéographiques, moitié syllabiques qui ont été employés pour écrire plusieurs langues très différentes.