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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/424

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tempérament, ne faisait donc que suivre les erremens du passé, bien loin d’ouvrir la voie à une société nouvelle. On ne saurait trop dire que le vrai principe de la révolution a été la liberté de la propriété [1]. Tout ce qui a été fait contre ce principe est un legs du préjugé : ce n’est nullement le pressentiment d’un ordre nouveau.

Il est de même des lois sur le maximum, auxquelles M. Louis Blanc attribue une grande portée et où il voit « une base scientifique aux relations commerciales, » qui devait soustraire la vie du pauvre « au despotisme du hasard. » Le maximum, s’il avait pu durer, aurait conduit, suivant lui, à une vaste révolution sociale. Cela est fort douteux ; car la question est de savoir si le maximum pouvait durer. On sait d’ailleurs que l’origine du maximum n’a pas été l’intention de faire une révolution sociale, mais le besoin tout pratique de soutenir le cours des assignats : car à quoi pouvait servir le cours forcé si les prix restaient libres ? Et comment pouvait-on fixer le prix d’une denrée, sans fixer en même temps celui de toutes les autres ? De là un système de plus en plus compliqué qui devait nécessairement succomber sous ses propres excès. Aussi Barère pouvait-il dire que la « loi du maximum avait été un piège tendu à la convention, un présent de Londres, d’une origine contre-révolutionnaire. » M. Louis Blanc, pour prouver la tendance socialiste et humanitaire de la convention, cite tout ce qu’elle a fait pour les faibles : l’organisation de l’institut des aveugles et de celui des sourds-muets ; l’amélioration dans le service des hôpitaux ; la restitution des petits engagemens au profit des plus pauvres tributaires du mont-de-piété ; les décrets rendus en faveur des enfans, vieillards, défenseurs de la famille et de la patrie ; l’institution des comités de santé ; la protection des enfans abandonnés ; l’adoption des orphelins par la patrie ; la maison destinée aux infirmes. Mais toutes ces mesures rentrent dans les mesures d’assistance publique, qui ont été toujours prises avec plus ou moins de zèle par tous les gouvernemens. Autrement, il faudrait conclure de l’établissement des invalides et des enfans trouvés que la révolution sociale a commencé avec Louis XIV. Il en est de même des mesures d’instruction publique et d’encouragement aux sciences que le même auteur cite en faveur de sa thèse.

De tous les membres de la convention, c’est un des plus modérés, Rabaud Saint-Étienne, qui paraît avoir eu l’idée la plus nette et la plus systématique d’une révolution dans la propriété. Encore n’est-ce que dans un article de journal (Chronique de Paris,

  1. Voir notre étude sur la Propriété pendant la révolution française, dans la Revue du 15 septembre 1877.