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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/422

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les pères de l’église, que « les riches sont les économes des pauvres ; » il citait l’exemple des armées affamées en pays ennemi. Devraient-elles respecter « cette prétendue liberté de la propriété ? » Robespierre parle dans le même sens. Il dit que « le blé n’est pas une marchandise ordinaire. » Il y a une différence entre le commerce du blé et celui de l’indigo. Toujours même antithèse entre celui qui entasse des monceaux de blé et son semblable qui meurt de faim. Il déclarait que « le premier des droits est celui d’exister. » Enfin, tout en accordant, disait-il, aux riches « un profit honnête, » il ne voulait leur enlever que le droit « d’attenter à la propriété d’autrui. » Ces doctrines étaient combattues. Un autre membre de la convention, Lequinio, essaya de défendre des idées plus saines. Il fit remarquer que c’étaient précisément l’agitation, les menaces contre les fermiers, les mesures violentes qui empêchaient le blé de circuler : « Appelez-vous accaparement la réserve des blés ? J’avoue que l’accaparement existe. Mais qui le produit ? C’est la frayeur. » Il signalait ce fait remarquable que les cris de disette ne venaient pas des départemens où le blé manquait, mais de ceux, au contraire, où il était en abondance, parce que là où il manque, on ne parlait pas d’accapareurs. A force d’agitations, on avait fini par étouffer le commerce des grains et stériliser le sol de la république. Le moyen d’empêcher l’accaparement, c’est de favoriser le commerce. Saint-Just vint à son tour se mêler à la discussion. Il y prononça, suivant son usage, un discours incohérent, saccadé, vague et mystérieux, sous forme d’oracles sibyllins, sans aucun sens pratique et même sans aucun rapport avec le sujet. « Tout le monde, dit-il, veut de la république ; mais personne ne veut de la pauvreté et de la vertu. La liberté fait la guerre à la morale et veut régner en dépit d’elle. Il faut que le législateur fasse en sorte que le laboureur ne répugne pas à amasser du papier. Il faut équipoller les signes, les produits et les besoins. Il faut une constitution : on ne peut faire de lois particulières contre les abus ; l’abondance est le résultat de toutes les lois. » Au milieu de ces déclamations vagues, il glissait cependant un bon conseil : « Le vice de notre économie étant l’excès du signe, il faut créer le moins de monnaie possible. » Puis il terminait par son Delenda Carthago : « Les abus vivront tant que le roi vivra. »

La convention se déclara contre les accaparemens, c’est-à-dire contre la liberté des grains : c’était une erreur économique. Mais il faut reconnaître qu’elle pouvait invoquer en sa faveur de grandes autorités qui n’étaient pas suspectes d’anarchie. Les principes de la convention en cette circonstance n’étaient autres que les principes mêmes établis par Necker dans son livre sur la Législation et le commerce des grains. Ces principes étaient tout aussi bien ceux