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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/369

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coopération de Wellington, qui était hostile à la réforme autant que qui que ce fût, mais qui se croyait toujours tenu de déférer à l’ordre de son souverain. Peel, au contraire, se montra presque offensé que l’on parût compter sur lui pour quelque réforme que ce fût. Lyndhurst ne put trouver d’associés qu’en s’adressant aux orateurs de troisième ou quatrième ordre. D’autre part, la chambre des communes était menaçante, les grandes villes annonçaient des pétitions monstrueuses ; la Banque d’Angleterre laissait dire qu’elle allait restreindre ses opérations pour défendre son encaisse : on parlait tout haut de refuser le paiement de l’impôt. Lyndhurst et Wellington étaient des hommes de bon sens, heureusement pour l’Angleterre. Le duc se rendit au palais et conseilla de rappeler lord Grey. Mais celui-ci se voyait dès lors en mesure de dicter des conditions. Il ne consentit à rentrer aux affaires que sur l’engagement pris par Guillaume IV de créer autant de pairs qu’il serait nécessaire pour assurer le vote définitif du bill, sinon dans la forme primitive, du moins avec les clauses essentielles. Si le roi se soumit de bonne grâce à ces exigences du parti whig, il eut cependant l’adresse de rendre le sacrifice inutile. Pour lui plaire, Wellington, Lyndhurst, d’autres pairs encore sortirent de la chambre des Tords en déclarant qu’ils ne prendraient plus part au débat. L’opposition, privée de ses chefs, ne fit plus qu’une molle résistance. Le bill fut voté le 4 juin 1832 ; trois jours, après il reçut la sanction royale. L’Angleterre allait jouir enfin d’une représentation vraiment nationale. Les conservateurs s’étaient émus par avance des dangers qu’un nouveau régime électoral ferait courir au pays. Crainte chimérique ; ce que le temps et l’expérience ont prouvé, c’est que la réforme n’était pas encore suffisante. Trente et quelques années plus tard, une nouvelle loi, dont les tories à leur tour prirent l’initiative, étendit le droit de suffrage de façon à conférer l’exercice de la vie politique au plus grand nombre des citoyens anglais.

Les dix-sept années de l’histoire d’Angleterre dont on vient de retracer les principaux événemens n’ont été marquées ni par des changemens subits ni par une évolution complète dans les idées ou dans les institutions. Et cependant la dissemblance est grande entre l’Angleterre de 1815 et celle de 1832. Il n’est pas une réforme qui ait réussi à la première tentative, pas un bill qui n’ait été longuement discuté, pas une innovation qui soit passée par surprise. Il y a eu, d’un bout à l’autre de cette période, désaccord entre les diverses classes de la population. D’un côté, le roi, les pairs, les évêques repoussent avec énergie toute tentative ayant pour but de modifier la constitution du pays à leur détriment ; de l’autre, le peuple, conduit tour à tour par des modérés ou par des énergumènes, réclame sa part d’influence sociale avec la force du nombre,