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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/366

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illuminée, et la foule brisa les fenêtres des tories qui ne s’associaient pas à sa joie. La grande et légitime réputation de Wellington ne protégea pas contre les outrages l’hôtel qu’il habitait. La Grande-Bretagne s’associa tout entière à cette manifestation. « Le bill, le bill tout entier, rien que le bill, » tel fut le mot d’ordre que l’on entendit retentir d’un bout à l’autre du royaume. La publicité des débats était encore restreinte à cette époque. Des listes imprimées, répandues à profusion, firent connaître partout quel avait été le vote de chaque député sur le bill de réforme. Au jour de l’élection, l’élan de l’opinion publique dépassa ce que l’on avait vu jusqu’alors. Les bourgs pourris échappèrent à l’influence de leurs propriétaires. De grands seigneurs, comme le duc de Newcastle et lord Lonsdale, ne purent assurer le succès des candidats qu’ils avaient désignés. Les membres sortans qui avaient combattu la réforme, ne fût-ce que dans les détails, perdirent leur siège par ce seul motif. On aurait tort de considérer ce mouvement populaire comme une fantaisie des électeurs ou comme l’effet des doctrines prêchées par de stériles agitateurs. Depuis la paix, la population anglaise s’était groupée différemment sous l’influence de nouveaux intérêts. Les comtés agricoles du midi de l’Angleterre, les bourgs du littoral, dont la pêche était la principale ressource, avaient perdu de leur importance ou tout au moins étaient restés stationnaires ; les villes manufacturières, au contraire, ainsi que les districts producteurs de houille ou de métaux, avaient acquis un développement considérable auquel devait correspondre une nouvelle répartition des droits politiques.

Le nouveau parlement se réunit le 21 juin 1831. Trois jours après, lord John Russell déposa sur le bureau de la chambre des communes le second projet de réforme, qui ne différait du premier que par des détails. L’opposition ne se fit pas faute de retarder par tous les moyens de procédure en son pouvoir le vote final, qui n’eut lieu que le 21 septembre par 111 voix de majorité. Cette tactique n’eut d’autre effet que d’impatienter davantage le pays. Le bill fut enfin porté à la chambre haute par lord Grey, qui saisit avec bonheur cette occasion de se faire « l’avocat d’un principe qu’il avait soutenu toute sa vie. » Brougham apporta l’appui de son éloquence assez maladroite. Ce fut peine inutile ; les pairs rejetèrent en première lecture le projet qui leur était présenté.

Les lords avaient-ils bien prévu les conséquences de ce vote ? Les journaux de Londres parurent le lendemain encadrés de noir. Le conseil de la cité se déclara partisan de la réforme. Dans les provinces du centre, ce fut pis encore. A Birmingham, où la nouvelle parvint à cinq heures du soir, les cloches furent immédiatement mises en branle comme pour annoncer un malheur public. Il