Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/363

Cette page n’a pas encore été corrigée


cabinet dans la circonstance le rendait incapable de conserver le pouvoir. La crise se déclara quelques jours plus tard à l’occasion d’un vote hostile au ministère concernant la liste civile du nouveau souverain. Le duc remit au roi la démission de ses collègues et la sienne. Guillaume IV fit mander lord Grey et le chargea de composer un cabinet. Sauf de courts intervalles, il y avait quarante-sept ans que les tories gouvernaient la Grande-Bretagne.

Lord Grey était déjà vieux ; il pouvait presque passer pour un homme d’un autre temps, puisque la proposition de réforme à laquelle il avait dû dès le principe une juste célébrité datait de 1793 et que, depuis un quart de siècle, son rôle au parlement n’avait plus été que d’être le chef d’une opposition sans force et sans unité. Néanmoins il n’eut aucune peine à grouper autour de lui ce que l’opinion libérale comptait d’hommes le plus distingués. Althorp, lord Lansdowne, lord Holland, Palmerston, Melbourne, Stanley, lord John Russell, acceptèrent les postes les plus importans du nouveau ministère. Il y avait longtemps que l’Angleterre n’avait eu un gouvernement aussi aristocratique. Quatre de ses membres seulement siégeaient dans la chambre des communes, et tous quatre étaient, par leur naissance ou par leur situation sociale, destinés à la pairie. Jusque-là, tout allait bien ; mais il était impossible de laisser Brougham en dehors du gouvernement, car il était capable de faire par dépit une opposition inquiétante. D’autre part, Brougham ne se montrait pas d’humeur à se contenter d’un emploi secondaire, et les ministres déjà choisis redoutaient de le voir mêlé aux affaires de l’administration quotidienne. Il ne restait à lui offrir que la dignité de lord-chancelier, où lord Grey aurait désiré maintenir lord Lyndhurst. Il fallut céder à la nécessité qui s’imposait : Brougham devint lord-chancelier et pair. C’était, à vrai dire, pour un homme qui s’était fait une si large place dans les débats parlementaires, accepter d’être mis à l’écart.

La première affaire que le ministère eut à traiter était d’une nature délicate : il s’agissait de régler la liste civile du roi. On n’a pas oublié comment Canning avait revendiqué une sorte d’indépendance pour le budget royal à l’avènement de George IV. Les idées s’étaient bien modifiées en dix ans. Non-seulement le projet du gouvernement mit en dehors de la liste civile-les dépenses diplomatiques que l’usage y avait maintenues jusqu’alors ; non-seulement il la dépouilla de certains impôts indirects qui, sauf les revenus du duché de Lancastre, firent retour au trésor ; mais, bien plus, cette liste civile, réduite à une allocation annuelle que, sauf l’énormité du chiffre, rien ne distinguait plus du traitement d’un simple fonctionnaire public, fut soumise, avant d’être votée pour la durée du règne, au contrôle d’un comité des communes. La chambre