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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/357

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la chambre des lords, qui était fort divisée, autant qu’on pouvait le savoir avant le vote. Le duc de Clarence, — depuis Guillaume IV, — était favorable, mais son jeune frère, le duc de Cumberland, était contraire. Ce dernier laissait même entendre qu’il quitterait l’Angleterre pour n’y plus revenir si la loi était votée par les deux chambres et sanctionnée par le roi. Il n’agissait ainsi, paraît-il, que par jalousie pour le duc de Wellington, et comme il était le moins populaire des princes, ses fidèles n’eurent pas de peine à lui faire comprendre que la menace était inutile, car il avait chance d’être pris au mot. Au banc des évêques, la division n’était pas moins apparente que dans la famille royale. L’archevêque de Canterbury, primat d’Angleterre, et celui d’Armagh combattaient la réforme ; d’autres prélats en prenaient la défense. En somme, pour dix évêques qui soutenaient le gouvernement, dix-neuf étaient contre lui. Le bill passa avec plus de 100 voix de majorité. Il y manquait encore la sanction royale ; les protestans se plaisaient à croire qu’elle se ferait attendre. Mais George IV avait pris son parti sans restriction. Votée le vendredi par les lords, la loi d’émancipation des catholiques fut approuvée par le roi le lundi suivant. Puis le parlement se sépara pour les vacances de Pâques. A la reprise de la session, les effets de la réforme furent déjà manifestes. Six pairs catholiques, dont le duc de Norfolk, le premier par rang d’ancienneté des ducs anglais, prirent séance avec leurs collègues pour la première fois.

Était-ce vraiment un triomphe pour le cabinet ? Non, pas plus que les réformes dans le sens du libre échange que Huskisson avait fait voter en 1827. Wellington, Peel et Lyndhurst ne pouvaient jamais former qu’un ministère tory avec des sentimens whigs. Soit à droite, soit à gauche, ils ne trouvaient de l’appui que sous réserve et ne se maintenaient que par une sorte de coalition discordante entre des élémens hétérogènes. Le pays n’avait jamais été tout à fait prospère depuis la crise industrielle de 1825. Incapables d’analyser toutes les causes qui influent sur la prospérité des affaires commerciales, les manufacturiers s’en prenaient uniquement à la réduction des droits de douane. La classe ouvrière se plaignait de l’avilissement des salaires. L’Irlande était toujours émue par les querelles incessantes des orangistes et des catholiques. Le discours que les ministres mirent dans la bouche du roi à l’ouverture de la session de 1830 attribuait ce malaise général à l’incertitude des saisons et à d’autres motifs de même genre que la volonté du législateur est impuissante à modifier. L’opinion publique n’était pas d’humeur à se contenter de cette déclaration. Le cabinet Wellington devenait de plus en plus impopulaire.

Ce cabinet ne subsistait que parce que l’opposition était désunie,