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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/349

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impériales sur Naples. Ce que Castlereagh pensait sans le dire, Wellington le dit tout haut. Le prince de Metternich ne pouvait s’y tromper : il savait que le gouvernement anglais ne gênerait pas les mouvemens de l’armée autrichienne en Italie.

L’année suivante, au moment où le congrès de Vérone allait se réunir pour une entente commune sur les questions européennes, lord Castlereagh était remplacé par Canning au foreign office, Wellington représentait l’Angleterre au congrès. Avec des convictions très fermes, ce valeureux soldat était toujours prêt, par sentiment du devoir, à subordonner ses propres opinions aux volontés du gouvernement dont il était le serviteur obéissant. Cette fois, il ne s’agissait plus de l’intervention autrichienne en Italie, mais de l’intervention française en Espagne. Wellington, fidèle aux instructions qu’il avait reçues, fit entendre que la Grande-Bretagne ne s’y associerait pas. Peu après, l’expédition française en Espagne était décidée. Canning protesta aussitôt avec énergie. L’opinion publique se manifestait très vivement à Londres. A peine trouvait-on suffisante l’attitude neutre que le ministère avait observée ; l’opposition, conduite par lord Grey, soutenait qu’il eût fallu s’opposer à cette expédition, dût la guerre en résulter. Mackintosh déclarait qu’une guerre est légitime lorsqu’elle a pour but de maintenir l’équilibre des puissances en Europe. Dans ce premier acte de son ministère, Canning, que l’on aurait pu considérer comme un révolutionnaire en comparaison de son prédécesseur, s’entendait reprocher de n’avoir pas montré assez de hardiesse et non point d’avoir abandonné la politique suivie depuis 1815. Le succès de l’expédition contribuait à aigrir l’opposition. De même que l’armée autrichienne dans les provinces napolitaines, l’armée française faisait une marche triomphale en Espagne. Qu’allait-il en résulter ? Le roi de France acquérait dans le sud-ouest de l’Europe une prépondérance contraire aux intérêts britanniques ; après avoir rétabli Ferdinand VII sur le trône, à défaut d’une indemnité pécuniaire que la péninsule ruinée par tant d’années de guerre ne lui pouvait offrir, on craignait qu’il ne voulût se faire dédommager par la cession d’une des vice-royautés américaines que l’Espagne n’avait plus la force de reconquérir ? Le bruit en courut, paraît-il. Canning sut retrouver de ce côté, par un coup de maître, la popularité qui risquait de lui échapper.

A l’époque même où Wellington se prononçait au congrès de Vérone contre une action commune des puissances vis-à-vis de l’Espagne, il s’en fallait de peu que toutes les colonies se fussent émancipées. les provinces de la Plata étaient évacuées depuis longtemps ; au Mexique et dans l’Amérique centrale, la métropole ne restait en possession crue de quelques stations maritimes d’où les vaisseaux espagnols prétendaient bloquer les ports appartenant