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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/266

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mois, d’un contrôle que tout fonctionnaire prussien est porté, par son éducation et ses préjugés, à tenir pour offense personnelle. Certaines correspondances officieuses, se faisant les interprètes de cet état progressif d’agacement, ont charitablement averti le Landesausschuss que ce que le conseil fédéral et le Reichstag ont octroyé, ils restent toujours maîtres de le reprendre. A bon entendeur salut. Quoi qu’en puissent penser les autonomistes, l’autonomie de l’Alsace-Lorraine est encore trop embryonnaire pour qu’il n’importe pas de préserver un aussi faible germe de tout accident, et un tel accident est fort à redouter aussitôt que M. Herzog aura complété son instruction sur les affaires du pays.

Il convient d’insister ici sur un point qui n’a pas été assez remarqué, selon nous. M. de Bismarck, auquel les autonomistes ont tant servi et dont il a si habilement joué, leur a laissé l’illusion de croire et la satisfaction de proclamer que c’est à la sagesse de leur parti et aux efforts de leurs coryphées qu’étaient dus les changemens qui viennent d’être apportés au régime politique et administratif de l’Alsace-Lorraine. Rien pourtant n’est moins conforme à la réalité. C’est le chancelier impérial en personne qui, à un moment où les autonomistes, encore abattus par un précédent échec, étaient plus découragés que jamais, a fort inopinément provoqué cette modification, en invitant leur chef à l’interpeller à la tribune. Cela se passait dans les derniers jours de février 1879. Il serait oiseux de préciser les menus incidens de la mise en scène : l’audience accordée par le prince impérial, le rappel par télégraphe des députés autonomistes, alors très tranquillement à Strasbourg, bien que la session du Reichstag fût ouverte, leurs allures affairées et leurs délibérations effarées en quête d’une formule de programme présentable. Heureusement pour eux que M. de Bismarck avait d’avance pourvu à tout. Lui qui, pendant des années, s’était si agréablement moqué des autonomistes et de leurs aspirations, entendait maintenant que l’Alsace-Lorraine devînt « autonome » sur l’heure et quoi qu’elle en eût. Il avait son idée, et il fallait que tout le monde emboîtât le pas. Vers le même temps, et peu après le vote de la loi d’organisation, il alla trouver, — ou manda auprès de lui, je ne sais, — le feld-maréchal de Manteuffel, qui revenait alors de Carlsbad, encore souffrant et ne se soutenant qu’à l’aide de béquilles, et lui dit à brûle-pourpoint : « Excellence, voulez-vous aller à Strasbourg et régner sur l’Alsace-Lorraine ? » Et comme le feld-maréchal hésitait, alléguant son âge, ses infirmités, la santé de sa femme, morte depuis : « Excellence, reprit péremptoirement le chancelier, je suis chargé de vous informer que sa majesté l’empereur vous ordonne d’accepter le poste de Strasbourg. »

Ce choix paraît avoir surpris en Allemagne, où le sourd