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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/265

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l’Alsace-Lorraine n’ait pas même droit au tabouret ; elle n’y dispose que d’une sellette où il lui sera loisible de venir s’asseoir quand ses intérêts personnels seront en cause. Le gouvernement s’est d’ailleurs réservé la faculté d’obtenir directement du Reichstag, sans le concours du Landesausschuss, les lois spéciales à l’Alsace-Lorraine qui n’auraient pas chance d’être agréées et votées par les véritables mandataires du pays.

Tant de précautions sont bien faites, on en conviendra, pour inspirer au Landesausschuss la modestie qui sied à une assemblée aussi rigoureusement tenue en tutelle. Il ne lui faudra pas longtemps pour s’apercevoir que le pays de quinze cent mille âmes qu’il représente a moins de droits, moins de prérogatives, moins d’immunités, moins d’autonomie, moins de libertés réelles que les deux principautés de Reuss, qui se partagent entre elles un nombre d’habitans inférieur à celui de la seule ville de Strasbourg, ou que la principauté de Schaumbourg-Lippe, moins peuplée que Metz, et qui, toutes trois réunies, équivalent à peine en superficie au dixième du territoire alsacien. Il fera sagement de se contenter de gruger les écailles qu’on lui laisse et de ne point perdre de vue que, dans le système prussien, le régime parlementaire n’est admis qu’à titre de concession peu gênante à l’engouement du siècle pour les assemblées délibérantes : on ne l’emploie que pour distraire la galerie pendant que d’autres se chargent de la politique « réelle. » Les mésaventures récentes du conseil fédéral et du Reichstag ont dû l’avertir que, quand les assemblées de ce genre se prennent au sérieux en Allemagne, la foudre suit de près. On a d’autant plus l’œil sur le Landesausschuss que, quoi qu’il fasse et quelque modération qu’il y mette dans la forme, ses critiques rejailliront toujours forcément contre l’ensemble du système politique et administratif imposé à l’Alsace-Lorraine, en mettant à nu ce que ce système, dans toutes ses ramifications, a d’incompatible et d’inconciliable avec les vrais intérêts du pays. Si, dans la première session qui vient de se clore, les nouveaux chefs de l’administration ont été en général pleins de prévenance et de courtoisie envers l’assemblée, c’est qu’ils savent qu’on ne s’instruit jamais mieux qu’en écoutant ses adversaires, et que l’habileté suprême consiste à les confesser à fond dès l’abord, pour arriver plus vite à s’en passer. Aussi M. Herzog et ses auxiliaires ont-ils montré une apparente bonne grâce et jusqu’à de la déférence dans leurs relations officielles et publiques avec le Landesausschuss ; maïs les personnes au courant des secrets des bureaux affirment que c’est sur un tout autre ton qu’on y parlait de la prétention des représentans de l’Alsace-Lorraine à passer au crible les moindres actes de l’administration, et que, du haut en bas de l’échelle, on s’irritait de plus en plus, pendant cette laborieuse session de quatre