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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/260

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les croient infranchissables. Il arrive en effet toujours un moment dans la vie publique où les partis vaincus cessent de bouder, c’est-à-dire d’être dupes, pour se mettre à agir. En Alsace-Lorraine, le parti indépendant a reconnu que ce moment était venu pour lui, et c’est pour ce motif que ses candidats ont hardiment franchi l’obstacle qu’on leur opposait. Il semble que le gouvernement, au lieu d’en paraître ému, aurait dû voir dans ce fait une garantie tout à fait rassurante pour lui, puisqu’en prêtant serment, au risque d’être tenus par le vulgaire pour traîtres à leur cause, ces adversaires politiques se sont soumis, au cas où ils y failliraient, aux peines sévères de la haute trahison. Pourquoi dès lors vouloir scruter leurs sentimens intimes ? Prétendrait-on qu’en jurant fidélité à l’empereur Guillaume, ils étaient obligés en conscience de faire du même coup une déclaration implicite de foi en la perpétuité de la paix de Francfort et de l’ordre de choses qu’elle a établi ? Ce serait se mettre en contradiction singulière avec les doctrines les plus certaines de l’école historique allemande, attendu qu’aucun fait d’expérience n’a été historiquement démontré plus souvent que la durée essentiellement éphémère des traités de paix et des empires ! La vérité est que la résolution prise par les candidats du parti indépendant a fort contrarié le gouvernement et considérablement dérangé ses calculs. Il espérait que l’opposition persisterait dans son intransigeance et son inaction, et qu’ainsi le nouveau Landesausschuss ne différerait guère de ses aînés, qu’on avait pris l’habitude de désigner familièrement sous le nom de « chambre des notaires, » tant y étaient nombreux les officiers ministériels et autres sommités cantonales de même importance. Toutes les précautions semblaient avoir été prises par la loi pour conserver à l’institution ce caractère d’assemblée de ruraux dévoués au pouvoir : contre l’attente générale, les trente membres en fonctions dans la précédente assemblée, et dont l’administration avait été en mesure d’éprouver l’humeur accommodante, furent maintenus dans leur mandat sans investiture nouvelle, et l’on s’est borné à leur faire adjoindre vingt-sept nouveaux collègues nommés, les uns par les conseils généraux, d’autres par les communes rurales groupées par arrondissemens, d’autres encore par les conseils municipaux de Metz, Colmar et Mulhouse. Aux chances favorables à sa politique que le gouvernement attendait de ce mode compliqué d’élection à deux degrés et à triple origine, a été ajoutée l’obligation pour les candidats d’être domiciliés dans la circonscription, en vue d’écarter certaines notabilités déplaisantes, en même temps que la ville de Strasbourg, où la plupart de ces notabilités résident et qui est administrée dictatorialement depuis plus de sept ans par le directeur de la police allemande, reste indéfiniment privée, en