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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/257

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française pour contraindre les représentans de l’Alsace-Lorraine à prêter serment de fidélité à l’empereur d’Allemagne, pas plus qu’à poursuivre, en vertu de cette même législation, la vente d’emblèmes au couleurs françaises, réputés séditieux en Alsace-Lorraine, alors qu’ils sont fabriqués et vendus en toute sécurité sur la rive droite du Rhin par d’excellens patriotes allemands. — Afin sans doute de mieux faire ressortir ce qu’a de spéciale au « pays d’empire » cette façon d’autonomie, ce sont les quelques anciens magistrats français passés au service de l’Allemagne, qui sont choisis de préférence pour faire à leurs concitoyens l’application de cette législation complexe.

En face d’un tel régime, il est ridicule de parler d’autonomie : c’est en vain qu’on allègue l’existence de ministres, de sous-secrétaires d’état, d’un conseil d’état, de conseillers ministériels : tout cet imposant ensemble de hauts fonctionnaires n’est qu’un joli décor, adroitement imaginé pour sauver les apparences. Dans la réalité, l’Alsace-Lorraine demeure politiquement terre d’empire, ayant mêmes devoirs et mêmes charges, mais non pas mêmes droits que les états confédérés auxquels nominalement elle appartient en commun. Elle n’est point traitée en égale, ni même en vassale, mais en serve, et cette situation anormale a été plutôt accentuée qu’atténuée par la création d’un lieutenant impérial, de l’existence duquel dépend entièrement le maintien de l’organisation nouvelle ; rien, en effet, n’indique mieux ce qu’a d’instable et de précaire le régime sous lequel cette province est maintenant placée. — Administrativement, elle appartient à une colonie de fonctionnaires étrangers, vivant sur le pays et y ayant acquis une situation telle qu’ils en sont, s’il leur plaît et toutes les fois qu’il leur conviendra, les seuls maîtres. Ce n’est qu’en matière budgétaire que la nouvelle organisation a sérieusement innové, puisqu’il en est directement résulté pour les contribuables un surcroît de plus de 600,000 francs de charges annuelles. Encore si, en récompense, le gouvernement avait jugé les Alsaciens-Lorrains dignes d’être affranchis de la dictature permanente sous laquelle le pays est tenu depuis le premier jour de la conquête ! Mais la loi constitutionnelle récente, du 4 juillet 1879, a eu soin de consacrer à nouveau cette dictature, à titre de régime légal, en transportant du président supérieur supprimé au lieutenant impérial institué les pouvoirs exorbitans que confère à l’autorité la législation française de 1849 sur l’état de siège. Assurément, la personne de M. de Manteuffel est une garantie contre l’abus de tels pouvoirs, mais c’est avant tout, ce nous semble, au remarquable esprit de sagesse dont les populations d’Alsace-Lorraine ont donné tant de preuves depuis dix ans qu’il convient de faire honneur de l’oubli où dorment les formidables instrumens de répression que, dans sa débilité