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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/213

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Eldon, qui était encore chancelier, n’osa pas y faire opposition, par égard pour le cabinet dont il faisait partie.

Le moment était favorable aux réformes, puisque les ministres eux-mêmes étaient disposés à en prendre l’initiative. Le premier budget présenté par Robinson, le nouveau chancelier de l’échiquier, fut uni acte significatif. Son prédécesseur, Vansittart, dissimulait la situation réelle sous les chiffres fictifs de l’amortissement, Robin ? son fit comme si cette institution n’existait pas ; ayant en balance un excédent de recettes de 7 millions, il proposa des suppressions ou des réductions d’impôts, comme un acte de bienvenue à l’adresse surtout des agriculteurs, dont la situation avait été misérable par l’effet des dernières récoltes, puis le reste fut destiné à racheter des rentes. Aucun économiste n’avait d’objection à faire contre cette diminution de la dette consolidée au moyen de fonds sans emploi ; tout au plus pouvait-on soutenir qu’il eût été plus habile de les consacrer à réduire d’autres impôts. Il était nécessaire aux projets de Robinson et de Huskisson de conserver un excédent de recettes dans le budget, car ils allaient commencer une réforme commerciale d’une bien autre importance. L’acte de navigation encore en vigueur, qui datait de Cromwell, réservait aux navires anglais le transport des marchandises importées dans les Iles-Britanniques. Depuis la conclusion de la paix, les Américains, les Portugais, en menaçant de représailles, avaient obtenu que cette loi serait abolie en ce qui les concernait. Huskisson se fit autoriser à conclure avec toutes les puissances. étrangères qui y consentiraient des traités de réciprocité en vertu desquels les navires des états contractans étaient soumis au même régime. Puis, dans les sessions suivantes, les prohibitions sur les objets de manufacture exotique furent abolies ou les droits de douane excessifs réduits à des droits protecteurs très modérés. Une loi sur les coalitions rendit aux ouvriers la liberté de débattre avec les patrons le taux des salaires. Fut-ce simple coïncidence, ou plutôt, comme le soutinrent les économistes, un effet de ces mesures libérales, il est incontestable que la Grande-Bretagne jouit en 1824 et 1825 d’une prospérité exceptionnelle. Toutes les professions, l’agriculture, le commercer l’industrie, en profitèrent également.

Cette prospérité ne devait pas se prolonger longtemps. Par l’effet de la confiance générale, les affaires avaient pris un essor extraordinaire ; le commerce importait des marchandises ou les manufactures en fabriquaient au-delà des besoins du jour. Les banques s’étaient engagées en d’innombrables opérations qui ne pouvaient toutes réussir. Au premier symptôme d’embarras ; une crise éclata, comme il arrive toujours, en pareille circonstance. Ce fut encore