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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/206

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maintenir son rang. À l’entendre, permettre au roi d’accorder des pensions, de payer sans contrôle les traitemens des diplomates ou des juges, c’était un dernier vestige de monarchie féodale. La réforme indiquée par Brougham était raisonnable, à un tel point même que les ministres en prirent l’initiative onze ans plus tard à la mort de Georges IV. Cependant Canning la combattit avec vigueur et il obtint gain de cause, non point tant parce que les idées soutenues par Brougham étaient prématurées que parce que beaucoup de membres des communes y voyaient une attaque directe contre le roi qui avait joui depuis longtemps, en qualité de prince régent, de la prérogative que cette réforme prétendait lui ravir.

Le roi n’était donc pas sorti sans atteinte du premier débat législatif engagé sous son règne. La querelle scandaleuse qui se ranima peu de jours après entre lui et la princesse Caroline, sa femme, dont il était séparé depuis 1814, ne contribua pas à lui rendre l’estime de ses sujets. Il n’entre dans le plan de ce récit de raconter les événemens contemporains de l’histoire d’Angleterre qu’autant qu’ils se rapportent aux grandes réformes qui modifièrent la politique et presque la constitution de ce pays. Il suffit donc de constater ici que dans le différend conjugal dont le parlement était juge, l’opposition whig et radicale se montra favorable à la princesse Caroline. Celle-ci avait pris pour défenseur Brougham : elle ne pouvait prendre un avocat plus éloquent ; mais elle n’aurait pas été embarrassée de choisir un conseiller plus judicieux. Au surplus, elle ne l’écoutait guère. Un peu enfiévrée de la popularité qu’elle avait acquise soudain, elle ne se rendait pas compte que les acclamations dont on l’accueillait étaient plutôt, une insulte à l’adresse de George. IV qu’un hommage pour elle-même.

» Le ministère ne s’était pas seulement donné le tort d’engager devant le parlement, pour plaire au roi, un projet de divorce qui ne put être mené jusqu’au bout ; il était, pour comble de malheur, partagé sur cette grave question. Le cabinet n’avait dans la chambre des communes que deux orateurs, lord Castlereagh et Canning. Ce dernier avait été admis dans l’intimité de la princesse Caroline, qui, avant de quitter l’Angleterre pour mener en Italie et ailleurs une vie désordonnée, réunissait volontiers dans ses salons de Londres les hommes les plus distingués de l’époque. Sheridan, Byron, Lawrence, Canning, comptaient au nombre de ses hôtes habituels. Canning ne pouvait se faire l’adversaire public d’une princesse qui l’avait honoré de son amitié ; ses collègues le comprirent et le laissèrent libre d’assister à ce grand procès sans y prendre part ; mais la situation était fausse ; lorsqu’il se retira du ministère, quelques mois plus tard, l’existence du cabinet parut si compromise, son