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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/174

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prieur des hiéronymites de veiller sur sa personne comme sur la personne même de sa majesté. Il connaissait mal ses ennemis.

Don Juan ne perdit pas un moment pour assurer sa vengeance et pour satisfaire la haine et l’avidité de ses partisans. Le jour même de son arrivée, il obtint un décret qui d’une part reconnaissait pour loyaux et fidèles sujets tous les seigneurs qui avaient épousé sa cause, de l’autre déclarait Valenzuela déchu de tous ses droits, titres et dignités, prononçait la confiscation de ses biens, et le déclarait en outre prévenu du crime de haute trahison envers l’état. Le décret était rédigé dans les termes les plus insultans pour le malheureux favori. En ce qui touchait l’octroi de la grandesse, il y était dit : « Voulant maintenir la première noblesse de mes royaumes, et ceux d’entre les nobles qui ont obtenu les honneurs de la grandesse dans l’illustration et l’éclat dont ils n’ont cessé de jouir, et considérant que cette illustration serait ternie si l’on faisait figurer parmi les grands un individu (sujeto) qui ne possède à aucun degré les mérites et qualités qui doivent naturellement appartenir à quiconque aspire à ce suprême honneur, j’ai résolu et décidé que cet octroi de la grandesse serait désormais considéré comme un acte absolument nul et non avenu. Moi, le roi. » Quand Valenzuela fut informé de l’arrêt qui le dégradait, il répondit froidement : « Ce n’est pas le roi qui est l’auteur de ce décret, c’est l’homme qui lui conduit la main. »

La petitesse d’âme de don Juan se manifesta bientôt par les rigueurs calculées de sa vengeance. Tous les partisans de la reine, tous les amis de Valenzuela, tous les personnages connus pour avoir été opposés aux prétentions du prince, ou seulement pour avoir gardé la neutralité, furent révoqués de leurs fonctions ou exilés. L’intègre comte de Villahumbrosa se vit dépouillé de sa dignité de président de Castille, pour avoir refusé de s’engager par écrit à servir exclusivement les intérêts de don Juan. Le prince de Parme, à qui étaient dus les uniques succès de l’Espagne dans la campagne de 1675 (il avait fait lever le siège de Puycerda, envahi le Roussillon et saccagé le bourg d’Ille) perdit le commandement de l’armée de Catalogne. Le comte d’Aguilar et le prince de Astillano furent exilés, l’amirante de Castille relégué dans sa ville de Médina de Rio-Seco. Sous le coup d’un mandat d’amener, le comte de Montijo se sauva en Portugal. L’exil atteignit des prédicateurs pour avoir fait en chaire l’éloge de la reine. Le prince s’abaissa jusqu’à proscrire des nains, de misérables bouffons, dont se servait l’oisiveté de cette triste cour pour entretenir la conversation. La terreur devint générale.

Les conjurés n’avaient pas attendu les ordres de don Juan pour se mettre a la recherche de Valenzuela. Le champ était ouvert à la