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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/173

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d’excellentes raisons de croire qu’il ne serait pas nécessaire d’eu venir aux mains. Au pis-aller, il comptait sur les levées que lui avaient promises les grands de Castille, dont il allait traverser les états. Il marchait à petites journées, laissant la révolution s’accomplir d’elle-même, et voulant bénéficier de l’effet moral produit sur les indécis par sa tardive hardiesse. Il arriva le 4 à Hita, ville appartenant au duc de l’Infantado, l’un des grands seigneurs qu’avait le plus exaspérés la scandaleuse élévation de Valenzuela. Il apprit à Hita la résolution qu’avait prise le roi de se séparer de sa mère, et cette nouvelle, qui était un présage de paix, fut accueillie avec joie par ses partisans et par lui-même. Les entreprises de ce genre, tant qu’elles n’ont pas réussi, sont toujours accompagnées de graves inquiétudes, et les conspirateurs étaient loin d’être rassurés, connaissant l’irrésolution naturelle de leur chef. Le prince ne tarda pas. à voir arriver le cardinal d’Aragon, qui lui renouvela l’assurance du plaisir qu’aurait le roi à le voir attaché de plus près à son service, mais qui apportait en même temps l’ordre de licencier sur-le-champ les troupes dont il était accompagné. Don Juan répondit qu’il était prêt à exécuter les ordres de sa majesté, à condition que le roi accordât l’éloignement de la reine sa mère, l’arrestation de Valenzuela, et le licenciement du régiment de la Chamberga. Ces conditions ayant été ratifiées par Charles II, don Juan laissa au marquis de Leganès le soin de payer et de congédier ses troupes, ne gardant auprès de lui que six cents cavaliers de Catalogne, avec lesquels il se mit en marche pour Madrid, accompagné d’un petit nombre d’amis et de serviteurs. Il arriva au Buen-Retiro, le 25 janvier, à sis heures du matin. Il était enfin maître de la situation,


III

Qu’était donc dans cet intervalle devenu le favori ?

Connaissant tout ce qu’il y avait de spécieux dans le personnage de don Juan, se fiant encore à l’ascendant qu’il avait si longtemps exercé sur le roi et sur sa mère, Valenzuela ne désespéra pas complètement de sa fortune et garda même l’illusion de croire qu’il pourrait la rétablir. Il se déroba de Madrid, comme nous l’avons dit, mais il ne quitta pas l’Espagne, se réservant de ne la quitter qu’à la dernière extrémité. Il s’était retiré avec sa famille et ce qu’il avait de plus précieux au monastère de l’Escurial, se croyant en sûreté sous la protections des immunités de ce lieu vénéré, panthéon des rois, consacré aux yeux de toute l’Espagne par les reliques qu’y avait réunies en grand nombre la dévotion de Philippe II. Il était muni en outre d’un ordre royal (cedula) enjoignant au