Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/721

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fait la campagne électorale sans compter sur le succès. Ils espéraient tout au plus diminuer la majorité de lord Beaconsfield, gagner quelques voix pour l’opposition. Ni leurs discours ni leurs programmes ne révélaient chez eux la pensée qu’ils pouvaient être à la veille de reprendre la direction du gouvernement. Ils ont été surpris, et cette surprise a été un de leurs embarras dans leurs premiers arrangemens au pouvoir. Une autre circonstance, c’est que la situation qu’ils ont reçue des mains du dernier ministère est réellement assez compliquée. Ils ont trouvé la politique anglaise engagée un peu de toutes parts, en Asie, en Orient, en Afrique, sans parler des affaires intérieures et financières où le cabinet tory n’a jamais brillé. Lord Hartington disait récemment qu’il avait été stupéfait de tout ce qu’il avait trouvé dans son département : il est vrai que c’est le département des Indes, et qu’aux Indes il y a les affaires de l’Afghanistan avec lesquelles on voudrait bien en finir, sans laisser pourtant en péril les intérêts de l’Angleterre. Reprendre ces questions multiples, épineuses, c’est l’œuvre du nouveau cabinet, qui se trouve avoir tout à la fois à réaliser les réformes libérales qu’on attend de lui, à modifier selon ses vues la direction de la diplomatie anglaise en Orient, et tout cela dans des conditions encore mal assurées, au milieu de certaines incohérences de début avec lesquelles M. Gladstone en est encore à se débattre.

Tout n’est pas sans doute également grave dans ces commencemens incertains et laborieux du ministère libéral. Il n’est pas moins vrai que le chef du cabinet lui-même, malgré son grand ascendant, n’est point sans rencontrer des difficultés qu’il s’est peut-être un peu créées ou qui tiennent à sa position de représentant d’une majorité assez bariolée. Non décidément la lettre que M. Gladstone a écrite à l’ambassadeur d’Autriche, au comte Karolyi, pour expliquer un langage qu’il n’aurait vraisemblablement pas tenu s’il s’était cru si près du pouvoir, cette lettre n’a pas eu de succès. Elle a été l’objet de commentaires de tout sorte, même d’interpellations amères dans le parlement ; elle a été représentée, avec quelque exagération, comme un acte de résipiscence vis-à-vis de l’Autriche, comme une démarche rachetant une légèreté personnelle aux dépens de l’orgueil anglais. Cette malheureuse lettre, elle resie un grief dont on se servira plus d’une fois contre le chef du cabinet. M. Gladstone s’est fait une autre affaire par la nomination d’un catholique, le marquis de Ripon, au gouvernement des Indes ; il a violemment froissé sans y songer des préjugés de secte qu’il a eu besoin de flatter, qui l’ont servi dans les élections, et si on ne l’accuse pas, lui aussi, d’être un « jésuite » comme lord Ripon, on lui reproche tout au moins de se mettre en contradiction avec lui-même. Lord Ripon a beau être du parti libéral, les intolérans n’y regardent pas de si près ! M. Gladstone a encore des embarras au sujet du gouverneur de la colonie du