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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/483

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dans leurs premières communications au parlement pour voir jusqu’à quel point la nouvelle politique anglaise est de nature à justifier les craintes ou les espérances qu’elle a suscitées un peu partout en Europe.

L’Allemagne n’a point pour le moment d’élections, elle n’a pas de changement de ministère; ses affaires ne sont pas moins confuses et obscures. La politique allemande, à vrai dire, est singulièrement tourmentée et embarrassée, quoiqu’elle ait un chef puissant pour la conduire, pour dénouer ou trancher les imbroglios que le plus souvent il a créés lui-même. Les affaires sont troublées, les partis sont en désarroi, les divers parlemens dont se compose l’ensemble constitutionnel de l’empire germanique s’épuisent en incohérences. Il y a des nuages ou du brouillard à Berlin, et une des expressions les plus étranges, les plus significatives de cette situation, c’est assurément le discours par lequel M. de Bismarck vient de signaler sa rentrée sur la scène parlementaire. Il y a quelque temps déjà que le chancelier n’avait pas paru au Reichstag, prétextant toujours de sa santé. Il laissait volontiers ses lieutenans aller à la bataille; il se réservait pour les grandes circonstances, et peut-être aussi était-il tout entier aux combinaisons de sa diplomatie. Il est revenu ces jours derniers au parlement, et dans ce discours d’un accent si nouveau qu’il a prononcé on sent la fatigue et l’amertume ou la tristesse d’un homme qui aurait lassé la fortune, qui commencerait à voir tous ses calculs trompés.

Évidemment, depuis quelque temps, M. de Bismarck a eu des mécomptes dans sa politique extérieure aussi bien que dans sa politique intérieure. Les événemens ont trahi ses volontés. Les élections anglaises ont été une déception ressentie à Berlin autant qu’à Vienne. L’échec éclatant de lord Beaconsfield a été visiblement une défaite pour un certain ordre de combinaisons diplomatiques. L’alliance austro-allemande perdait brusquement une de ses plus fortes garanties. Tout se trouvait changé, et depuis ce moment, depuis qu’à Berlin et à Vienne on ne croit plus pouvoir compter aussi complètement sur l’Angleterre, il n’est pas difficile de distinguer un certain mouvement de retour vers la Russie, tout au moins l’intention d’adoucir des rapports qui n’étaient pas toujours aisés. Le récent anniversaire de la naissance du tsar a été une occasion saisie avec empressement, presque avec affectation pour échanger des complimens. On s’est remis à parler de l’alliance des trois empereurs si lestement abandonnée il y a quelque temps pour l’alliance austro-allemande que lord Salisbury célébrait avec une sorte d’exaltation lyrique et un peu indiscrète. M. de Bismarck n’est point certes à une évolution près, il n’est point homme à se mettre à la merci d’une combinaison unique, même d’une combinaison préférée et habilement préparée. Il n’est pas moins vrai qu’après toutes ses démonstrations, après avoir engagé sa politique dans un sens de plus en plus